Réponse directe
Le programme ontarien des candidats (OINP) vit en 2026 la plus grande refonte de son histoire. Le 30 mai 2026, l'Ontario a révoqué ses neuf anciens volets par le règlement 47/26, puis a lancé le 26 juin 2026 la Phase 1 de sa nouvelle structure : un volet unique appelé Ontario Workforce Priority, décliné en trois pistes (travailleurs qualifiés, travailleurs essentiels et médecins autonomes). Le programme devient piloté par l'employeur, sauf pour les médecins, seule piste sans offre d'emploi requise. L'ancien système de déclaration d'intérêt est fermé aux nouvelles inscriptions et le nouveau portail doit rouvrir plus tard cet été. L'allocation 2026 atteint 14 119 nominations, un record national. L'état à jour se vérifie toujours sur ontario.ca.
Pourquoi je vous parle de l'OINP aujourd'hui
Je vais être honnête avec vous : cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un programme d'immigration provincial changer aussi profondément, aussi vite. Je suis rédactrice indépendante, pas avocate ni consultante réglementée en immigration, et je le rappelle chaque fois parce que c'est important : ce que je vous propose ici, c'est une lecture pédagogique de la refonte, pas un avis juridique sur votre dossier personnel. Mais justement, quand un programme aussi central que le programme ontarien des candidats se transforme de fond en comble, je crois qu'il faut prendre le temps de poser les choses calmement, sans dramatiser et sans promettre quoi que ce soit.
L'Ontario, c'est la province qui attire le plus de nouveaux arrivants au pays, et son programme de nomination provinciale a longtemps été une mécanique bien huilée, avec ses volets pour diplômés, pour travailleurs étrangers, pour entrepreneurs, chacun avec ses propres règles. Cette architecture, beaucoup d'entre vous la connaissaient par cœur. Elle n'existe plus. Depuis le 30 mai 2026, les neuf anciens volets ont été révoqués d'un seul coup, et une nouvelle structure prend forme par étapes. C'est déstabilisant, je le comprends, surtout si vous aviez bâti votre plan d'immigration autour d'un volet précis.
Mon objectif dans cet article est triple : vous expliquer ce qui a exactement changé et à quelles dates, vous décrire la nouvelle structure telle qu'elle a été annoncée, et vous aider à réfléchir à ce que cela signifie concrètement pour votre projet, que vous soyez déjà en Ontario ou encore à l'étranger. Et parce que le programme est en pleine transition, je vais répéter une consigne tout au long du texte, au risque de vous lasser : avant toute décision, vérifiez l'état à jour du programme sur le site officiel ontario.ca, car les choses bougent encore et bougeront probablement dans les mois qui viennent.
Si vous découvrez tout juste l'immigration en Ontario, je vous suggère de lire aussi mon guide général sur comment immigrer en Ontario, qui replace l'OINP dans l'ensemble des chemins possibles vers cette province.
Ce qui s'est passé au printemps 2026 : la fin des neuf volets
Le 30 mai 2026 et le règlement 47/26
Commençons par les faits, parce qu'ils sont la colonne vertébrale de tout le reste. Le 30 mai 2026, le gouvernement de l'Ontario a révoqué les neuf volets qui composaient jusque là le programme ontarien des candidats. Cette révocation a été opérée par un texte réglementaire, le règlement 47/26. En clair, du jour au lendemain, l'architecture que des dizaines de milliers de candidats avaient apprise, analysée, comparée, a cessé d'exister sur le plan juridique.
Je veux être précise sur un point qui inquiète beaucoup de lecteurs : la révocation des volets ne signifie pas que les dossiers déjà déposés ont été jetés à la poubelle. Au contraire, la règle annoncée est claire : les demandes déposées avant le changement sont évaluées selon les règles en vigueur au moment du dépôt. Si vous aviez soumis une demande complète sous l'un des anciens volets avant la refonte, votre dossier continue son chemin selon les critères qui existaient quand vous avez appuyé sur le bouton d'envoi. C'est une protection importante, et c'est une pratique assez classique en droit de l'immigration : on ne change pas les règles du jeu pour ceux qui ont déjà joué leur carte.
En revanche, pour toutes les personnes qui n'avaient pas encore déposé de demande, l'ancien monde est fermé. L'ancien système de déclaration d'intérêt, ce fameux mécanisme d'EOI par lequel on signalait sa candidature en attendant une invitation, n'accepte plus de nouvelles inscriptions. C'est probablement le changement le plus concret pour la majorité d'entre vous : même si vous étiez prêt, même si votre profil correspondait parfaitement à un ancien volet, la porte d'entrée historique n'existe plus.
Le 26 juin 2026 : lancement de la Phase 1
Moins d'un mois après la révocation, le 26 juin 2026, l'Ontario a lancé la Phase 1 de sa refonte. Et c'est là que le nouveau visage du programme apparaît : un volet unique, baptisé Ontario Workforce Priority, qui remplace à lui seul l'ensemble des neuf anciens volets. Ce volet unique se décline en trois pistes distinctes : une piste pour les travailleurs qualifiés, une piste pour les travailleurs essentiels, et une piste pour les médecins autonomes.
Le mot Phase 1 est important, et je vous invite à le garder en tête. L'Ontario a annoncé qu'une Phase 2 viendrait plus tard, avec des voies additionnelles qui ne sont pas encore confirmées. Autrement dit, ce que nous voyons aujourd'hui n'est pas la version finale du programme, mais sa première étape. C'est exactement pour cette raison que je vous répète de vérifier régulièrement ontario.ca : le paysage que je décris en juillet 2026 pourrait s'enrichir dans les mois qui viennent.
On parle ici, et ce n'est pas une formule journalistique, de la plus grande refonte de l'histoire du programme. Jamais l'Ontario n'avait remplacé toute son architecture de nomination d'un seul mouvement. Cela dit, et j'insiste, il n'y a aucune raison de céder à la panique : le programme ne disparaît pas, il se transforme. Et il se transforme au moment même où sa capacité d'accueil atteint un sommet, comme nous allons le voir.
Le nouveau volet Ontario Workforce Priority, piste par piste
La piste des travailleurs qualifiés
La première piste du volet Ontario Workforce Priority s'adresse aux travailleurs qualifiés. Je ne vais pas vous inventer une liste de critères chiffrés, parce que les paramètres détaillés relèvent des textes officiels et que ma règle absolue est de ne jamais avancer un chiffre que je ne peux pas appuyer. Ce que je peux vous dire, c'est la logique d'ensemble : cette piste vise les personnes dont les compétences correspondent aux besoins prioritaires du marché du travail ontarien, et elle fonctionne, comme presque tout le nouveau volet, sur un modèle piloté par l'employeur. Concrètement, cela signifie qu'une offre d'emploi et un employeur activement engagé dans le processus sont au cœur de la démarche.
Pour situer cette piste dans le paysage canadien, rappelez-vous que l'OINP reste un programme de nomination provinciale parmi d'autres : chaque province a le sien, avec ses propres priorités. Si vous hésitez encore sur votre province cible, mon article sur le programme des candidats des provinces compare les grandes logiques de ces programmes et pourra vous aider à élargir votre réflexion avant de la resserrer sur l'Ontario.
La piste des travailleurs essentiels
La deuxième piste concerne les travailleurs essentiels. Là encore, je reste prudente sur les détails d'admissibilité, qui doivent être vérifiés à la source, mais l'intention affichée est lisible : l'Ontario veut se donner un canal de nomination pour des métiers dont l'économie a un besoin criant, au delà des seules professions hautement qualifiées au sens classique du terme. C'est une évolution que l'on observe dans plusieurs programmes provinciaux depuis quelques années : la reconnaissance que les besoins de main d'œuvre ne se limitent pas aux professions de bureau et aux diplômés universitaires.
Cette piste fonctionne elle aussi sur le modèle piloté par l'employeur. Si vous travaillez déjà en Ontario dans un secteur en tension, ou si vous avez un employeur ontarien prêt à vous soutenir, cette piste mérite toute votre attention. Si vous êtes à l'étranger sans lien avec un employeur ontarien, soyez lucide : le nouveau modèle rend l'employeur incontournable, et votre priorité stratégique devrait être de comprendre comment entrer en contact avec des employeurs admissibles, plutôt que de peaufiner indéfiniment un dossier que personne ne pourra porter.
La piste des médecins autonomes : l'exception au modèle employeur
La troisième piste est celle qui fait exception à tout ce que je viens de décrire, et elle mérite qu'on s'y attarde. Les médecins autonomes constituent la seule piste du nouveau volet qui ne requiert pas d'offre d'emploi. C'est logique quand on y pense : un médecin qui exerce en pratique autonome n'a pas d'employeur au sens habituel, il facture ses actes au système public.
Les conditions annoncées pour cette piste sont au nombre de trois : être membre en règle de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario (le CPSO), détenir un certificat valide dans une classe admissible, et facturer ses services au régime d'assurance santé de l'Ontario, l'OHIP. Autrement dit, cette piste s'adresse à des médecins déjà intégrés au système de santé ontarien sur le plan professionnel et réglementaire, et elle leur offre un chemin vers la nomination provinciale sans passer par la case employeur.
Je vois dans cette piste un signal fort : l'Ontario, comme le reste du pays, cherche des médecins, et la province a choisi de leur réserver le seul couloir sans offre d'emploi de toute sa nouvelle structure. Si vous êtes médecin et que vous remplissez ces conditions, c'est probablement la piste la plus directe que le programme ontarien des candidats ait jamais offerte à votre profession. Mais là encore, vérifiez les modalités précises sur ontario.ca avant d'engager quoi que ce soit.
Un programme désormais piloté par l'employeur
Ce que signifie le préenregistrement des employeurs
Le changement philosophique le plus profond de cette refonte, à mes yeux, n'est pas la fusion des volets : c'est le basculement vers un modèle intégralement piloté par l'employeur, à l'exception des médecins autonomes. Dans l'ancien monde, plusieurs volets permettaient un dépôt autonome : vous, candidat, pouviez construire et soumettre votre dossier sans que votre employeur ait à faire grand chose. Ce temps est révolu. Le dépôt autonome n'existe plus dans le nouveau volet, hors piste médecins.
Concrètement, les employeurs ontariens qui veulent recruter par l'OINP doivent désormais se préenregistrer via un portail Employeur dédié. Ce préenregistrement n'est pas une simple formalité d'inscription : il comprend des contrôles portant sur les revenus de l'entreprise et sur ses effectifs. La province veut s'assurer que les employeurs qui utilisent le programme sont des entreprises réelles, solides, avec une activité et des salariés, et non des coquilles montées pour vendre des offres d'emploi de complaisance. Je ne vais pas vous mentir : ce genre d'abus a pesé sur la réputation de bien des programmes d'immigration, et un filtre côté employeur est une réponse structurelle à ce problème.
Ce que cela change pour vous, candidat ou candidate
Pour vous, ce basculement change l'ordre des priorités. Avant, la question centrale était : à quel volet suis-je admissible et comment maximiser mon dossier. Aujourd'hui, la question centrale devient : quel employeur ontarien admissible est prêt à me recruter et à s'engager dans le processus. Votre CV, votre stratégie de recherche d'emploi, votre réseau professionnel en Ontario prennent une importance stratégique qu'ils n'avaient pas toujours dans l'ancien système.
Cela a aussi une conséquence psychologique que je veux nommer : vous perdez une partie du contrôle sur votre propre démarche. C'est frustrant, je le sais. Mais je vous invite à voir aussi l'autre face : un processus où l'employeur est vérifié et engagé dès le départ est un processus où votre offre d'emploi a plus de chances d'être réelle, sérieuse et durable. Pour quelqu'un qui construit une vie de l'autre côté de l'océan, ce n'est pas un détail.
Un conseil pratique, sans aucune promesse : si vous êtes en discussion avec un employeur ontarien, parlez-lui tôt du préenregistrement. Beaucoup d'employeurs, surtout les petites entreprises, découvrent ces obligations en même temps que vous. Un candidat qui arrive en entretien en comprenant le mécanisme, et qui peut orienter son futur employeur vers les pages officielles d'ontario.ca, se donne un avantage réel.
Les portails EOI et e-Filing : où en sommes-nous cet été
Un système fermé, un nouveau système attendu
Parlons maintenant de la mécanique d'accès, parce que c'est la question que tout le monde me pose : concrètement, où est-ce qu'on s'inscrit, et quand. La réponse honnête de juillet 2026 est la suivante : l'ancien système de déclaration d'intérêt est fermé aux nouvelles inscriptions, et le nouveau portail EOI doit rouvrir plus tard cet été. Le portail e-Filing, celui par lequel transitent les demandes elles-mêmes, doit lui aussi rouvrir plus tard cet été.
Nous sommes donc dans une fenêtre de transition : la nouvelle structure est annoncée, ses pistes sont définies, mais la porte d'entrée numérique n'est pas encore rouverte au moment où j'écris ces lignes. Je sais que cette situation est inconfortable. Elle nourrit toutes sortes de rumeurs sur les réseaux sociaux, des dates de réouverture supposées, des critères qui circulent sans source. Je vous en conjure : ne bâtissez rien sur des captures d'écran de forums. La seule source qui fait foi est ontario.ca, et la page officielle du programme sera mise à jour quand les portails rouvriront.
Comment utiliser intelligemment cette période d'attente
Plutôt que de rafraîchir la page officielle dix fois par jour, je vous propose d'utiliser cette pause pour renforcer tout ce qui ne dépend pas des portails. Vos tests de langue, d'abord : quelle que soit la forme finale des critères, l'Ontario a annoncé des exigences relevées de langue, et un bon résultat de test ne sera jamais du temps perdu, y compris pour le système fédéral. Vos documents d'études ensuite : évaluations de diplômes, relevés, traductions certifiées, tout cela prend des semaines et peut se préparer dès maintenant. Votre recherche d'employeur enfin, pour les pistes travailleurs qualifiés et travailleurs essentiels, puisque c'est l'employeur qui tient désormais la clé.
Et si votre profil est compétitif au niveau fédéral, cette période est aussi le bon moment pour comprendre finement le système Entrée express, qui reste le grand canal fédéral de résidence permanente économique et avec lequel l'OINP s'articule directement, comme je l'explique plus bas.
L'allocation 2026 : un record historique de 14 119 nominations
Les chiffres annoncés le 6 février 2026
Au milieu de tous ces bouleversements structurels, il y a une nouvelle franchement encourageante, et je veux lui donner la place qu'elle mérite. Le 6 février 2026, l'allocation de nominations de l'Ontario pour l'année a été annoncée : 14 119 nominations. C'est une augmentation de 31 pour cent par rapport aux 10 750 nominations de 2025. Et ce n'est pas tout : c'est la plus grosse allocation de programme des candidats des provinces de tout le pays pour 2026.
Pour donner l'échelle, le total national du programme des candidats des provinces pour 2026 s'élève à 91 500 nominations. L'Ontario en détient donc une part très substantielle, à elle seule. Ce chiffre raconte quelque chose d'important : la refonte de l'OINP n'est pas un rétrécissement déguisé. On ne réduit pas la voilure, on la restructure. Une province qui voudrait fermer la porte ne se ferait pas attribuer, la même année, la plus grande capacité de nomination de son histoire et du pays.
Ce que cette allocation signifie, et ce qu'elle ne signifie pas
Je veux quand même vous mettre en garde contre une lecture trop enthousiaste. Une allocation de 14 119 nominations est une capacité, pas une garantie individuelle. Elle ne dit rien de vos chances personnelles, qui dépendront des critères des pistes, de la demande, de la qualité de votre dossier et, dans la plupart des cas, de l'engagement de votre employeur. Elle ne dit pas non plus à quel rythme les nominations seront émises au fil de l'année, ni comment elles se répartiront entre les trois pistes.
Ce qu'elle dit, en revanche, c'est que le contexte global est porteur. Une refonte menée en pleine expansion de capacité est très différente d'une refonte menée en période de coupes. Si vous visez l'Ontario, vous arrivez à un moment où la province dispose de plus de places qu'elle n'en a jamais eu. C'est un fait, et c'est un fait plutôt rassurant, à condition de ne pas le transformer en promesse.
Des exigences relevées de langue et d'études
Un autre élément annoncé de la refonte concerne les exigences d'admissibilité : l'Ontario a fait savoir que les exigences de langue et d'études seraient relevées, dans le but affiché de renforcer l'intégrité du programme. Je n'ai pas de seuils chiffrés vérifiés à vous transmettre, et fidèle à ma règle, je ne vais pas en inventer. <!-- TODO vérifier sur ontario.ca --> Les niveaux précis exigés par piste devront être confirmés sur la page officielle du programme au moment de la réouverture des portails.
Ce que je peux vous offrir, c'est une lecture de la logique. Relever les exigences de langue et d'études, dans le vocabulaire des programmes d'immigration, cela vise généralement deux objectifs : s'assurer que les personnes nommées ont les meilleures chances de s'intégrer durablement au marché du travail, et fermer la porte aux dossiers construits artificiellement autour de critères minimaux. Le mot intégrité, utilisé par la province, pointe clairement vers ce second objectif, dans la continuité des contrôles imposés aux employeurs.
Pour vous, la conséquence pratique est simple et je la répète parce qu'elle est actionnable dès aujourd'hui : soignez vos tests de langue. Si votre dernier test date un peu, ou si votre résultat était juste au niveau des anciens minimums, envisagez sérieusement de le repasser en visant plus haut. Un meilleur score de langue vous servira sur tous les tableaux : pour l'OINP nouvelle formule, pour votre score CRS dans Entrée express, et tout simplement pour votre vie professionnelle en Ontario. C'est l'investissement le plus rentable que vous puissiez faire pendant la transition.
Même raisonnement pour vos études : rassemblez vos diplômes, faites établir les évaluations comparatives si vos études ont été faites hors du Canada, et gardez ces documents à jour. Le jour où les portails rouvriront, les candidats prêts partiront avec une longueur d'avance sur ceux qui découvriront la liste des pièces à ce moment là.
OINP et Entrée express : les fameux 600 points
Comment la nomination provinciale transforme un profil fédéral
Si vous me lisez régulièrement, vous savez que je considère l'articulation entre programmes provinciaux et système fédéral comme le point le plus mal compris de l'immigration canadienne. Alors reprenons calmement. Le système fédéral Entrée express classe les candidats à la résidence permanente selon un score, le score CRS. Et une nomination provinciale alignée sur Entrée express vaut 600 points CRS additionnels.
Six cents points. Pour mesurer ce que cela représente, il faut savoir que la quasi totalité des candidats, même excellents, plafonnent bien en dessous de ce bonus avec leurs seuls facteurs personnels. Une nomination provinciale alignée propulse donc mécaniquement un profil au dessus des seuils d'invitation habituels. C'est pour cela que les programmes de candidats des provinces, et l'OINP au premier chef vu sa taille, sont si stratégiques : ils sont, pour beaucoup de profils, le levier le plus puissant qui existe vers la résidence permanente.
J'explique en détail la mécanique du classement fédéral dans mon guide sur le score CRS et Entrée express, et le fonctionnement général des bassins de candidats dans mon article sur Entrée express. Si ces notions sont floues pour vous, je vous recommande vraiment ces deux lectures avant d'aller plus loin, parce que toute votre stratégie ontarienne devrait se penser en regard du fédéral.
Penser sa stratégie sur deux tableaux
La conséquence stratégique est la suivante : votre candidature à l'OINP ne vit pas en vase clos. Si votre profil vous permet d'entrer dans le bassin Entrée express, faites le, entretenez votre profil, améliorez votre score par la langue et l'expérience, et considérez la nomination ontarienne comme un accélérateur possible plutôt que comme un chemin exclusif. À l'inverse, si votre score CRS seul ne suffira jamais à décrocher une invitation fédérale, la nomination provinciale n'est pas un bonus pour vous : c'est le cœur de votre plan, et l'Ontario, avec sa capacité record, est un candidat naturel pour le porter.
Dans les deux cas, la refonte de 2026 ne change pas cette arithmétique fondamentale. Les 600 points demeurent, l'alignement avec Entrée express demeure. Ce qui change, c'est le chemin pour obtenir la nomination, désormais balisé par l'employeur pour l'essentiel des candidats.
La Phase 2 : ce que l'on sait et ce que l'on ignore
Je vous dois aussi un mot sur la suite, précisément parce qu'elle est incertaine. L'Ontario a indiqué qu'une Phase 2 de la refonte viendrait plus tard, avec des voies additionnelles. Lesquelles, pour qui, selon quel calendrier : rien de tout cela n'est confirmé, et je ne vais pas spéculer. Ce que je retiens, c'est que la structure actuelle, un volet unique et trois pistes, est explicitement présentée comme une première étape et non comme l'état final du programme.
Cette information a une portée pratique pour certains d'entre vous. Si votre profil ne correspond à aucune des trois pistes actuelles, si par exemple vous étiez orienté vers un ancien volet qui n'a pas d'équivalent évident dans la Phase 1, la conclusion n'est pas nécessairement que l'Ontario vous a définitivement fermé sa porte. La conclusion honnête est : pas de piste pour vous aujourd'hui, une Phase 2 annoncée sans contenu confirmé, donc une situation à surveiller sur ontario.ca sans mettre votre vie en pause pour autant. Explorez en parallèle les programmes des autres provinces, que je passe en revue dans mon guide du programme des candidats des provinces, et les voies fédérales si votre profil s'y prête.
Je sais que l'incertitude est la chose la plus difficile à vivre dans un parcours d'immigration. Mais je préfère mille fois vous dire nous ne savons pas encore que de vous vendre une certitude fabriquée. Les personnes qui traversent le mieux ces périodes de transition sont celles qui préparent ce qui dépend d'elles et qui acceptent de ne pas contrôler le reste.
Comment se préparer concrètement pendant la transition
Récapitulons, de façon très terre à terre, ce que vous pouvez faire dès maintenant selon votre situation. Je le fais en prose plutôt qu'en longue liste, parce que chaque situation mérite une nuance.
Si vous êtes déjà en Ontario avec un emploi, votre priorité est une conversation avec votre employeur. Le préenregistrement des employeurs est la clé de voûte du nouveau système : renseignez-vous sur la volonté et la capacité de votre entreprise à s'y engager, orientez vos interlocuteurs vers les pages officielles, et évaluez honnêtement si votre poste et votre profil correspondent à la piste des travailleurs qualifiés ou à celle des travailleurs essentiels. En parallèle, mettez vos tests de langue et vos évaluations d'études au niveau, en visant haut compte tenu des exigences relevées annoncées.
Si vous êtes à l'étranger sans employeur ontarien, votre chantier prioritaire est la recherche d'emploi, et elle est exigeante à distance. Travaillez votre CV au format canadien, ciblez les secteurs en tension, construisez votre réseau, et pendant ce temps, faites vivre votre profil fédéral si votre score le justifie. Mon guide pour immigrer en Ontario contient une section entière sur la recherche d'emploi depuis l'étranger qui pourrait vous être utile.
Si vous êtes médecin, vous êtes dans la situation la plus singulière : la seule piste sans offre d'emploi vous est réservée, sous conditions d'inscription au CPSO, de certificat valide dans une classe admissible et de facturation à l'OHIP. Votre chantier est donc d'abord réglementaire et professionnel, auprès de l'ordre et du système de santé, avant d'être migratoire.
Si vous aviez déposé une demande avant la refonte, respirez : votre dossier est évalué selon les règles en vigueur au moment du dépôt. Gardez vos coordonnées à jour, répondez vite à toute demande de la province, et résistez à la tentation de conclure quoi que ce soit des annonces sur la nouvelle structure, qui ne vous concernent pas directement.
Et dans tous les cas, tous, sans exception : la page officielle du programme sur ontario.ca est votre boussole. Pas les groupes Facebook, pas les vidéos aux titres criards, pas même mon article, qui photographie la situation de juillet 2026 et vieillira comme tout ce qui s'écrit sur un programme en mouvement.
Foire aux questions
Le programme ontarien des candidats a-t-il été supprimé en 2026 ?
Non, et c'est le malentendu que je rencontre le plus souvent. Le programme n'a pas été supprimé, il a été refondu. Le 30 mai 2026, l'Ontario a révoqué ses neuf anciens volets par le règlement 47/26, puis a lancé le 26 juin 2026 un nouveau volet unique, Ontario Workforce Priority, décliné en trois pistes. La meilleure preuve que le programme continue est son allocation 2026 : 14 119 nominations, en hausse de 31 pour cent par rapport aux 10 750 de 2025, soit la plus grosse allocation provinciale du pays. Le programme change de forme, pas de mission, et son état à jour se vérifie sur ontario.ca.
Puis-je encore déposer une demande OINP par moi-même, sans employeur ?
Dans la nouvelle structure, le dépôt autonome a disparu pour l'essentiel des candidats. Les pistes des travailleurs qualifiés et des travailleurs essentiels fonctionnent sur un modèle piloté par l'employeur, avec un préenregistrement obligatoire des entreprises via le portail Employeur, assorti de contrôles de revenus et d'effectifs. La seule exception est la piste des médecins autonomes, qui ne requiert pas d'offre d'emploi mais exige d'être membre en règle du CPSO, de détenir un certificat valide dans une classe admissible et de facturer à l'OHIP. Si vous n'êtes pas médecin, votre stratégie doit désormais se construire autour d'un employeur ontarien.
Que devient ma demande déposée avant la refonte ?
La règle annoncée est protectrice : les demandes déposées avant le changement sont évaluées selon les règles en vigueur au moment du dépôt. Concrètement, si votre dossier complet a été soumis sous l'un des anciens volets avant la révocation du 30 mai 2026, il sera traité selon les critères de ce volet tel qu'il existait alors. Vous n'avez pas à redéposer sous la nouvelle structure ni à craindre que les nouvelles exigences s'appliquent rétroactivement à votre dossier. Restez simplement joignable, conservez vos preuves et répondez rapidement à toute correspondance officielle de la province.
Quand pourrai-je m'inscrire dans le nouveau système ?
Au moment où j'écris, l'ancien système de déclaration d'intérêt est fermé aux nouvelles inscriptions, et la province a indiqué que le nouveau portail EOI rouvrirait plus tard cet été, tout comme le portail e-Filing. Aucune date précise vérifiée n'est disponible, et je vous déconseille de croire les dates qui circulent sur les forums. Utilisez l'attente pour préparer ce qui ne dépend pas des portails : tests de langue ambitieux, évaluations d'études, documents traduits, et surtout recherche d'un employeur ontarien prêt à se préenregistrer. La réouverture sera annoncée sur la page officielle du programme sur ontario.ca, qui reste la seule source fiable.
Une nomination de l'Ontario garantit-elle la résidence permanente ?
Non, aucune nomination provinciale ne garantit la résidence permanente, et je me méfie de quiconque emploie le mot garantie en immigration. Ce que fait une nomination alignée sur Entrée express, c'est ajouter 600 points à votre score CRS, ce qui place en pratique votre profil au dessus des seuils d'invitation habituels du système fédéral. Il reste ensuite à déposer votre demande fédérale de résidence permanente, avec ses propres vérifications de sécurité, de santé et de recevabilité. La nomination est donc un accélérateur extrêmement puissant, probablement le plus puissant du système, mais elle demeure une étape dans un processus fédéral qui conserve le dernier mot.
Les exigences de langue vont-elles vraiment augmenter ?
L'Ontario a annoncé des exigences relevées de langue et d'études dans le cadre de la refonte, avec l'objectif affiché de renforcer l'intégrité du programme. Les niveaux précis par piste devront être confirmés sur ontario.ca au moment de la réouverture, et je ne veux pas avancer de seuils non vérifiés. Ma recommandation pratique ne dépend toutefois pas de ces détails : visez le meilleur score de langue possible, quitte à repasser votre test. Un résultat élevé vous protège quel que soit le seuil finalement retenu, améliore votre score CRS au fédéral et facilite objectivement votre intégration professionnelle. C'est l'effort le plus rentable de toute votre préparation.
Sources officielles
Pour vérifier l'état à jour du programme, ses pistes, ses critères et le calendrier de réouverture des portails, consultez directement les deux sources officielles : la page du programme ontarien des candidats sur le site du gouvernement de l'Ontario, ontario.ca/page/ontario-immigrant-nominee-program-oinp, et la page du programme des candidats des provinces sur le site du gouvernement du Canada, canada.ca. Le programme est en pleine transition en 2026 : avant toute décision, prenez le réflexe de vérifier ces pages, car elles seules font foi.
