Réponse directe
S'installer au Canada se joue en grande partie dans les premières semaines. Tout commence à l'aéroport, où vous validez votre statut : confirmation de résidence permanente ou impression de votre permis de travail ou d'études. Dans les jours qui suivent, vous demandez votre numéro d'assurance sociale, gratuit et délivré immédiatement dans un bureau de Service Canada, puis votre carte d'assurance maladie provinciale, en tenant compte d'un éventuel délai de carence. Viennent ensuite le compte bancaire, le téléphone, le logement durable, l'inscription des enfants à l'école et la prise de contact avec un organisme d'établissement financé par IRCC, dont les services sont gratuits. Ce guide reprend chaque démarche dans l'ordre, semaine par semaine, avec les pièges que je vois le plus souvent.
Avant tout : ce qui se passe à l'aéroport
Je me souviens encore de témoignages de nouveaux arrivants qui pensaient que le plus dur était derrière eux une fois le visa obtenu. En réalité, l'arrivée elle-même est une étape administrative à part entière, et elle mérite d'être préparée avec autant de soin que le dossier d'immigration. Ce qui se passe au comptoir de l'agent des services frontaliers conditionne la suite.
Une précision avant d'entrer dans le vif : je suis rédactrice indépendante, ni avocate ni consultante réglementée en immigration. Ce que je partage ici vient de mes recherches et de nombreux témoignages recueillis au fil des années. Pour toute décision qui engage votre situation personnelle, la référence reste Canada.ca, et au besoin un professionnel autorisé.
La confirmation de résidence permanente
Si vous arrivez comme résident permanent, vous vous présentez avec votre confirmation de résidence permanente et votre visa, le cas échéant. L'agent vérifie vos documents, vous pose quelques questions simples sur votre projet, puis officialise votre statut. C'est à ce moment précis que vous devenez résident permanent du Canada. On vous demandera aussi de confirmer l'adresse canadienne à laquelle votre carte de résident permanent sera envoyée. Si vous ne connaissez pas encore votre adresse définitive, notez celle d'un proche ou de votre logement temporaire, puis signalez tout changement rapidement. J'explique le parcours complet vers ce statut dans mon guide sur la résidence permanente au Canada.
Relisez chaque document avant de quitter le comptoir. Une lettre mal orthographiée dans votre nom ou une date de naissance erronée se corrige beaucoup plus facilement sur place que des semaines plus tard, par formulaire interposé.
La validation du permis de travail ou d'études
Si vous arrivez comme travailleur ou étudiant temporaire, votre lettre d'introduction n'est pas votre permis : le permis lui-même est imprimé au point d'entrée, par l'agent, au moment de votre admission. Vérifiez immédiatement les conditions inscrites : dates de validité, employeur mentionné ou non, autorisation d'étudier, restrictions éventuelles. Là encore, une erreur repérée sur place s'arrange en quelques minutes. Pour comprendre ce que votre document vous autorise vraiment à faire, mon guide sur le permis de travail au Canada détaille les différents types de permis et leurs conditions.
Les documents à garder sur vous, jamais en soute
C'est un conseil tout bête qui évite de vrais drames : tous vos documents importants voyagent en cabine, avec vous. Prévoyez votre passeport et ceux de votre famille, la confirmation de résidence permanente ou la lettre d'introduction, vos preuves de fonds, vos certificats de naissance et de mariage, les diplômes et relevés de notes, les carnets de vaccination, les dossiers scolaires des enfants, vos ordonnances médicales avec les molécules en dénomination internationale, et un relevé de votre dossier de conduite si vous pouvez l'obtenir avant le départ.
Ajoutez l'adresse de votre logement temporaire et une liste de ce que vous apportez, y compris les biens qui suivront plus tard. Les agents peuvent vous demander de déclarer ces effets personnels à l'arrivée, et un inventaire préparé à l'avance rend ce passage beaucoup plus fluide. Une pochette dédiée, des photocopies et des copies numériques chiffrées dans un espace en ligne : voilà votre trousse de survie administrative.
Semaine 1 : le numéro d'assurance sociale
Pourquoi le NAS passe avant tout le reste
Le numéro d'assurance sociale, que tout le monde appelle NAS, est un numéro à neuf chiffres qui vous identifie auprès du gouvernement fédéral. Sans lui, impossible de travailler légalement, de recevoir un salaire, d'ouvrir certains produits financiers ou d'accéder à des prestations gouvernementales. C'est la clé de voûte de votre vie administrative canadienne, et c'est pour cette raison que je le place en tête de liste, avant même la carte santé.
La bonne nouvelle : la démarche est simple, gratuite et rapide. Vous pouvez vous présenter dans un bureau de Service Canada avec votre passeport et votre document d'immigration (confirmation de résidence permanente ou permis), et le numéro vous est attribué immédiatement, pendant votre visite. Une demande en ligne existe aussi si vous préférez, mais je trouve le passage en personne rassurant pour une démarche aussi fondatrice. Personne n'a besoin de vous facturer quoi que ce soit : méfiez-vous des sites intermédiaires qui vendent une assistance inutile pour une démarche gratuite.
Protéger son NAS comme un trésor
Un point que les organismes d'établissement répètent sans cesse, et à raison : le NAS est confidentiel. Votre employeur en a besoin pour vous payer, votre banque pour certains produits, l'administration fiscale pour vos déclarations. En dehors de ces contextes légitimes, ne le donnez pas. Un propriétaire qui exige votre NAS pour visiter un appartement, un site de petites annonces qui le réclame, un appel téléphonique prétendument officiel qui vous le demande : ce sont des signaux d'alerte. La fraude à l'identité vise particulièrement les nouveaux arrivants, précisément parce qu'ils ne connaissent pas encore les usages locaux. Apprenez votre numéro par cœur et rangez la lettre de confirmation en lieu sûr, plutôt que de la promener dans votre portefeuille.
Semaine 1 ou 2 : la carte d'assurance maladie provinciale
Une démarche provinciale, pas fédérale
Voici une subtilité qui surprend beaucoup de monde : au Canada, la santé est de compétence provinciale. Il n'existe pas de carte santé canadienne, mais une carte de l'Ontario, du Québec, de la Colombie-Britannique, et ainsi de suite. Vous devez donc vous inscrire auprès du régime public de la province où vous vous établissez, avec vos preuves de statut et de résidence. Les modalités varient : certaines provinces demandent un passage en personne, d'autres acceptent la demande en ligne ou par la poste. Si vous déménagez ensuite dans une autre province, il faudra refaire la démarche auprès du nouveau régime.
Faites cette demande dès que possible après l'arrivée, même si vous êtes en pleine tempête logistique. La raison tient en deux mots : délai de carence.
Le délai de carence et l'assurance privée temporaire
Selon la province, la couverture publique ne démarre pas toujours le jour de votre arrivée. Un délai de carence peut s'appliquer aux nouveaux arrivants, pendant lequel vous n'êtes pas encore couvert par le régime public, et sa durée dépend de la province et de votre situation. Pendant cette période, une simple consultation se paie de votre poche, et une hospitalisation peut coûter très cher.
La parade est connue et raisonnable : souscrire une assurance privée temporaire pour couvrir la période entre l'arrivée et le début de la couverture publique. Beaucoup de nouveaux arrivants la prennent avant même de quitter leur pays, pour être couverts dès la descente d'avion. Comparez les contrats, regardez ce qui est exclu (les conditions préexistantes le sont souvent) et conservez tous vos reçus médicaux. Ce n'est pas la dépense la plus réjouissante de votre installation, mais c'est celle qui vous évite la catastrophe financière si la malchance s'invite pendant vos premières semaines.
Semaines 1 à 3 : le compte bancaire et l'argent
Ouvrir un compte et profiter des offres nouveaux arrivants
Ouvrir un compte bancaire au Canada est plus simple qu'on ne l'imagine : avec votre passeport et vos documents d'immigration, la plupart des grandes banques vous ouvrent un compte, même sans emploi et sans historique local. Presque toutes proposent des forfaits pensés pour les nouveaux arrivants : frais mensuels annulés pendant une période de bienvenue, carte de crédit accessible sans historique, parfois des coffres ou virements internationaux facilités. Comparez au moins deux ou trois banques avant de signer, car les avantages et leur durée varient, et posez la question qui fâche : que paierez-vous une fois la période de bienvenue terminée ?
Prenez rendez-vous plutôt que de vous présenter au guichet, et demandez un conseiller qui a l'habitude des nouveaux arrivants. C'est aussi le moment de transférer vos fonds depuis l'étranger, en comparant les frais de change, qui peuvent varier sensiblement d'un canal à l'autre. Pour situer vos dépenses des premiers mois et construire un budget réaliste, je vous renvoie à mon guide sur le budget et le coût de la vie au Canada.
L'historique de crédit, ce grand inconnu
Voici le concept qui déroute le plus les nouveaux arrivants européens : au Canada, votre réputation financière se mesure par une cote de crédit, construite au fil de vos emprunts et de leur remboursement. Et cette cote ne vous suit pas : vos vingt ans de bonne conduite bancaire ailleurs ne comptent pas ici. Vous partez de zéro, et ce zéro peut compliquer la location d'un logement, l'obtention d'un financement automobile ou même certains abonnements.
La stratégie est simple et demande juste de la constance : obtenez une carte de crédit dès l'ouverture du compte, même avec une limite modeste, utilisez-la pour de petites dépenses régulières et remboursez le solde en entier chaque mois. Payez toutes vos factures à temps, sans exception, car les retards laissent des traces durables. En quelques mois à un an de ce régime, vous aurez un dossier de crédit naissant qui ouvrira des portes. C'est un marathon discret qui commence dès la première semaine.
Le téléphone et internet : votre ligne de vie
Un numéro de téléphone canadien est presque indispensable pour tout le reste : les banques, les employeurs, les propriétaires et les administrations veulent pouvoir vous joindre localement. Beaucoup de nouveaux arrivants commencent par une carte prépayée ou un forfait sans engagement, le temps de comparer, puis basculent vers un forfait mensuel plus avantageux. Le marché canadien des télécommunications a la réputation d'être cher, mais la concurrence des marques secondaires des grands opérateurs et des fournisseurs régionaux permet de trouver des forfaits raisonnables si l'on compare vraiment.
Pour l'internet résidentiel, attendez d'avoir votre logement durable avant de vous engager, car les offres varient selon l'adresse et les frais de résiliation existent. Vérifiez la couverture réelle à votre adresse, demandez si des frais d'installation s'appliquent et négociez : les prix affichés sont souvent le point de départ d'une discussion, pas la fin. Petite astuce de terrain : gardez votre ancien numéro actif quelques semaines via une application ou une carte de votre pays d'origine, le temps que toutes vos vérifications en deux étapes basculent vers votre nouveau numéro canadien.
Se loger : du temporaire au durable
Les premières semaines en logement temporaire
Sauf exception, je déconseille de signer un bail à distance sans avoir vu le logement ni le quartier. La plupart des nouveaux arrivants passent leurs premières semaines dans un logement temporaire : location meublée de courte durée, auberge, chambre chez l'habitant ou hébergement chez des proches. Ce sas vous laisse le temps de comprendre la ville, les temps de transport réels, les quartiers qui correspondent à votre budget et à votre mode de vie. Prévoyez ce coût temporaire dans votre budget d'installation : c'est une dépense de transition, pas de l'argent perdu.
Cette adresse temporaire vous servira aussi pour vos premières démarches. Assurez-vous simplement de pouvoir y recevoir du courrier de façon fiable, car la carte de résident permanent, la carte santé et les documents bancaires arriveront par la poste.
La recherche du logement durable
La recherche d'un logement durable au Canada a ses codes : visites rapides, dossiers demandés parfois avant même la visite, vérification de crédit que vous n'avez pas encore, et marché tendu dans les grandes villes. Sans historique de crédit ni employeur local, vous compenserez avec d'autres preuves : relevés bancaires montrant vos fonds, lettre d'emploi si vous en avez une, références d'anciens propriétaires, parfois quelques mois d'avance là où la loi le permet. Chaque province encadre différemment les baux, les dépôts et les augmentations de loyer, donc renseignez-vous sur les règles locales avant de signer quoi que ce soit.
J'ai consacré un guide complet à cette étape, des quartiers à cibler jusqu'aux pièges des annonces frauduleuses : lisez mon article sur le logement pour les nouveaux arrivants au Canada avant de commencer vos visites. Retenez au moins ceci : ne versez jamais d'argent pour un logement que personne ne vous a fait visiter, en personne ou par un proche de confiance.
Les enfants : l'inscription à l'école
Si vous arrivez en famille, l'école est souvent la démarche la plus émotive. Bonne nouvelle : l'école publique est gratuite et les enfants de résidents permanents comme de nombreux travailleurs temporaires y ont accès. L'inscription se fait généralement auprès de la commission ou du conseil scolaire du quartier, et l'école attribuée dépend le plus souvent de votre adresse. C'est une raison de plus de réfléchir à l'école au moment de choisir votre logement, et non l'inverse.
Préparez les documents classiques : preuves de statut, certificat de naissance, carnet de vaccination, dossiers scolaires antérieurs, preuve d'adresse. Beaucoup d'écoles évaluent le niveau de l'enfant à l'arrivée, notamment en langue, et proposent des programmes d'accueil ou de francisation selon la province. Au Québec, la scolarisation en français est la règle pour la plupart des enfants de nouveaux arrivants, avec des exceptions encadrées par la loi. Ailleurs au pays, des programmes d'immersion française existent souvent, si garder le français de vos enfants vous tient à cœur. Mon conseil : contactez la commission scolaire dès que votre adresse est connue, car les places dans certains programmes partent vite.
Les services d'établissement gratuits : votre meilleur allié
Si je ne devais donner qu'un seul conseil aux nouveaux arrivants, ce serait celui-ci : poussez la porte d'un organisme d'établissement dès vos premières semaines. Partout au pays, des organismes locaux financés par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada offrent des services gratuits aux résidents permanents et à certaines autres catégories de nouveaux arrivants. Gratuits, vraiment : c'est votre dossier d'immigration qui les finance déjà, en quelque sorte.
Concrètement, ces organismes vous offrent une évaluation de vos besoins, de l'aide pour vos démarches (NAS, carte santé, école, logement), des cours de langue financés par le gouvernement, des ateliers de recherche d'emploi, de l'aide à la reconnaissance des acquis, des programmes de mentorat et des activités communautaires qui brisent l'isolement. Certains services existent même avant le départ, depuis l'étranger, pour préparer votre arrivée. Le répertoire officiel sur Canada.ca permet de trouver les organismes près de chez vous. J'entends parfois des nouveaux arrivants dire qu'ils n'osent pas déranger : détrompez-vous, ces équipes existent précisément pour vous, et les meilleures y travaillent souvent parce qu'elles sont passées par le même chemin.
Le permis de conduire : échange ou examens selon la province
Le permis de conduire est une autre compétence provinciale, avec des règles qui varient d'un bout à l'autre du pays. Deux grandes situations existent. Si votre pays ou votre région d'origine a un accord d'échange avec votre province, vous pouvez souvent échanger votre permis étranger contre le permis local sans repasser les examens, sur présentation de votre permis, de preuves d'expérience de conduite et de vos documents d'identité. Sans accord d'échange, vous devrez passer par le processus local, qui combine généralement un examen théorique et un ou plusieurs examens pratiques, parfois avec des étapes graduelles.
Deux conseils pratiques. D'abord, obtenez avant le départ un relevé officiel de votre expérience de conduite ou de votre dossier de conducteur, car il peut réduire les étapes exigées. Ensuite, ne tardez pas : votre permis étranger n'est généralement valide pour conduire qu'une période limitée après l'installation, et l'assurance automobile, obligatoire, coûte souvent moins cher avec un permis local et un historique documenté. Même si vous ne comptez pas conduire tout de suite, le permis local est aussi une pièce d'identité pratique au quotidien.
Les impôts : pourquoi la première déclaration compte
Parler d'impôts à quelqu'un qui vient de poser ses valises peut sembler prématuré, et pourtant. Au Canada, la déclaration de revenus annuelle n'est pas qu'un devoir : c'est la porte d'entrée vers des prestations et des crédits. L'allocation canadienne pour enfants, le crédit pour la TPS/TVH et plusieurs programmes provinciaux sont calculés à partir de votre déclaration. Ne pas déclarer, c'est souvent renoncer à de l'argent auquel votre famille a droit.
Votre première déclaration comme nouvel arrivant a quelques particularités : vous y indiquez votre date d'établissement de la résidence fiscale, et vos revenus mondiaux peuvent entrer en ligne de compte pour certaines périodes et certains calculs. Déclarez même si vous n'avez pas ou peu travaillé pendant l'année d'arrivée, précisément pour déclencher les prestations. Des comptoirs d'impôts gratuits, animés par des bénévoles, aident les personnes à revenu modeste et à situation simple pendant la saison des impôts, et les organismes d'établissement savent vous y orienter. Conservez dès maintenant tous vos documents financiers : la rigueur documentaire de la première année vous servira pendant des années, y compris pour vos futures démarches d'immigration.
Construire son réseau dès les premières semaines
On n'y pense pas comme à une démarche administrative, et pourtant le réseau est peut-être l'investissement le plus rentable de vos débuts. Au Canada, une grande partie des emplois ne sont jamais affichés publiquement : ils circulent par recommandation. Les rencontres de réseautage, les associations professionnelles de votre secteur, les programmes de mentorat des organismes d'établissement, le bénévolat et même les conversations informelles y jouent un rôle que les nouveaux arrivants sous-estiment presque toujours.
Commencez petit et local : une bibliothèque publique (souvent une mine de services gratuits), une association de votre communauté d'origine, un club sportif, les parents d'élèves de l'école de vos enfants. Le bénévolat mérite une mention spéciale : il donne une première expérience locale, des références canadiennes et un vocabulaire professionnel dans votre nouvelle langue de travail. Et si votre projet à long terme va jusqu'au passeport canadien, sachez que l'aventure ne s'arrête pas à la naturalisation : j'ai décrit ce qui change concrètement après la citoyenneté canadienne, et le réseau que vous bâtissez maintenant vous servira à chaque étape.
Le choc culturel et l'hiver : préparer sa tête autant que ses papiers
Le choc culturel, une phase normale
Personne n'aime l'admettre, mais presque tout le monde passe par là. Après l'euphorie des premières semaines vient souvent un creux : la fatigue administrative, la langue qui épuise, les codes sociaux qu'on ne décode pas encore, la famille qui manque, le sentiment d'être redevenu débutant dans sa propre vie. Ce creux porte un nom, le choc culturel, et il suit des phases bien documentées : lune de miel, frustration, ajustement, puis aisance. Le savoir à l'avance change tout : quand le creux arrive, vous le reconnaissez comme une étape, pas comme un échec.
Les remèdes sont concrets : garder une routine, sortir tous les jours, parler de ce que vous vivez (les organismes d'établissement offrent aussi du soutien sur ce plan), célébrer les petites victoires administratives, et accepter que la comparaison permanente avec le pays d'origine soit un jeu perdant. La plupart des gens que j'ai interrogés situent le vrai mieux quelque part dans la deuxième moitié de la première année.
Apprivoiser le premier hiver
L'hiver canadien est célèbre, et il mérite sa réputation dans une bonne partie du pays, avec des variations énormes selon les régions : la côte ouest est douce et pluvieuse, les Prairies mordantes, le Québec et l'Ontario neigeux et contrastés. La règle d'or que tout le monde vous répétera : il n'y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais vêtements. Investissez dans un vrai manteau d'hiver, des bottes isolées et imperméables, une tuque (le bonnet local) et des gants sérieux, et habillez-vous en couches superposées.
Mais le plus grand défi de l'hiver n'est pas le froid, c'est la lumière qui raccourcit et la tentation de l'hibernation. Les Canadiens ont une réponse culturelle à cela : ils sortent quand même. Patinage, glissades, marche, festivals d'hiver, sports de neige à tous les prix : le meilleur antidote au premier hiver est de lui trouver des plaisirs. Ceux qui apprennent à aimer l'hiver, même modérément, réussissent souvent mieux leur installation que ceux qui le subissent enfermés.
Les erreurs fréquentes des premières semaines
Après des années à documenter des parcours d'installation, je vois revenir les mêmes faux pas. Les voici, pour que vous les évitiez.
La première erreur : tout faire dans le désordre. Chercher un logement durable avant d'avoir un compte bancaire, promettre un emploi avant d'avoir son NAS, s'engager sur un forfait internet avant d'avoir une adresse stable. L'ordre proposé dans ce guide n'est pas un dogme, mais il enchaîne les démarches de façon à ce que chacune facilite la suivante.
La deuxième : repousser la demande de carte santé et découvrir le délai de carence au pire moment, sans assurance privée. La troisième : ignorer les services d'établissement gratuits et payer un intermédiaire pour des démarches simples, voire se faire promettre des résultats que personne ne peut garantir. Si vous payez pour un accompagnement en immigration, vérifiez que la personne est avocate ou consultante réglementée inscrite au registre de sa profession.
La quatrième : négliger l'historique de crédit, puis s'étonner qu'un propriétaire ou un concessionnaire dise non un an plus tard. La cinquième : sous-estimer le budget des premiers mois, entre logement temporaire, meubles, vêtements d'hiver et assurance privée ; les fonds d'établissement fondent plus vite qu'on ne le croit. La sixième : s'isoler, par timidité ou par épuisement, alors que le réseau est le moteur silencieux de l'intégration professionnelle. Et la dernière, plus administrative : oublier de mettre à jour son adresse auprès d'IRCC, de la banque et des administrations après le déménagement vers le logement durable, et rater des documents aussi importants que la carte de résident permanent.
Foire aux questions
Quels documents dois-je absolument avoir dans mon bagage à main en arrivant ?
Gardez sur vous les passeports de toute la famille, votre confirmation de résidence permanente ou votre lettre d'introduction pour un permis, vos preuves de fonds, les certificats de naissance et de mariage, les diplômes et relevés de notes, les carnets de vaccination, les dossiers scolaires des enfants et vos ordonnances médicales. Ajoutez l'adresse de votre logement temporaire et un inventaire de vos effets personnels, y compris ceux qui arriveront plus tard. Rien de tout cela ne doit voyager en soute : une valise perdue ne doit jamais pouvoir retarder votre installation.
Le numéro d'assurance sociale est-il vraiment gratuit et immédiat ?
Oui. La demande de NAS est gratuite et, si vous vous présentez en personne dans un bureau de Service Canada avec les bons documents, le numéro vous est attribué pendant la visite. Aucun intermédiaire n'est nécessaire, et tout site qui vous facture ce service vous vend du vent. Une fois le numéro obtenu, protégez-le : ne le communiquez qu'aux organismes qui en ont légitimement besoin, comme votre employeur, votre banque pour certains produits ou l'administration fiscale.
Puis-je consulter un médecin avant de recevoir ma carte d'assurance maladie ?
Vous pouvez toujours consulter, mais la question est de savoir qui paie. Tant que votre couverture publique n'a pas commencé, notamment pendant un éventuel délai de carence, les soins sont à votre charge ou à celle de votre assurance privée temporaire, d'où l'importance d'en souscrire une pour la période de transition. Une fois la carte reçue, les services médicaux assurés par le régime de votre province sont couverts. Les modalités exactes et la durée de la carence varient selon la province, alors vérifiez sur le site officiel de votre régime provincial.
Comment louer un logement sans historique de crédit canadien ?
C'est l'un des paradoxes des débuts : on vous demande un historique que vous ne pouvez pas encore avoir. Compensez avec un dossier solide : relevés bancaires montrant vos fonds au Canada, lettre d'emploi ou preuve de revenus, références d'anciens propriétaires, pièces d'identité, et une lettre de présentation qui explique votre situation de nouvel arrivant. Certains propriétaires acceptent un garant ou quelques mois payés d'avance là où la loi le permet. Et pendant ce temps, construisez votre crédit avec une carte remboursée en entier chaque mois : le problème se résout avec les mois qui passent.
Les services d'établissement sont-ils vraiment gratuits, et pour qui ?
Oui, les services offerts par les organismes financés par IRCC sont gratuits pour les personnes admissibles, au premier rang desquelles les résidents permanents. Certaines catégories de résidents temporaires y ont aussi accès selon les programmes, et des services préarrivée existent depuis l'étranger. Cours de langue, aide à l'emploi, accompagnement dans les démarches, mentorat, activités communautaires : le catalogue est plus riche que la plupart des gens ne l'imaginent. Le répertoire officiel sur Canada.ca vous indique les organismes près de chez vous, et rien ne vous empêche d'en fréquenter plusieurs.
Dans quel ordre faire les démarches si je n'ai que quelques jours devant moi ?
Si je devais compresser la première semaine : validez vos documents à l'aéroport et vérifiez chaque mention avant de quitter le comptoir, demandez votre NAS dès que possible en personne, déposez votre demande de carte santé provinciale le même jour ou le lendemain, puis ouvrez votre compte bancaire et prenez une carte SIM locale. Le reste (logement durable, école, permis de conduire, inscription auprès d'un organisme d'établissement) se joue sur les semaines suivantes. L'essentiel est que les démarches longues, comme la carte santé, soient lancées tôt pour que les délais courent pendant que vous avancez sur le reste.
Sources officielles
La page de référence pour les nouveaux arrivants est celle d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada : https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship/services/new-immigrants.html. Pour le numéro d'assurance sociale, consultez la page officielle de Service Canada : https://www.canada.ca/en/employment-social-development/services/sin.html. Les règles, délais et programmes évoluent régulièrement et varient selon les provinces : avant chaque démarche, vérifiez l'information à jour sur Canada.ca ou sur le site officiel de votre province, qui font foi.
