Réponse directe
Changer d'employeur au Canada est tout à fait possible, mais la marche à suivre dépend entièrement du type de permis de travail que vous détenez. Avec un permis ouvert, vous changez d'emploi librement, sous réserve des conditions imprimées sur le document. Avec un permis fermé, dit lié à un employeur donné, votre autorisation ne vaut que pour l'employeur inscrit : travailler pour quelqu'un d'autre sans nouvelle autorisation constitue une violation de vos conditions de séjour. La démarche classique consiste à décrocher une nouvelle offre d'emploi, à laisser le nouvel employeur obtenir une EIMT ou une dispense, puis à déposer une nouvelle demande de permis (155 $ CA) et à attendre l'autorisation avant de commencer. Vérifiez toujours les règles à jour sur Canada.ca.
Tout dépend du permis que vous avez en poche
Si vous lisez ces lignes, c'est probablement que quelque chose vous pousse à bouger : un meilleur salaire ailleurs, un poste plus proche de vos compétences, une ambiance de travail qui s'est dégradée, ou simplement l'envie de changer d'air. Bonne nouvelle : le droit canadien n'a jamais voulu enchaîner les travailleurs étrangers à un employeur pour toujours. Mauvaise nouvelle : la liberté de bouger n'est pas la même pour tout le monde, et c'est votre permis qui fixe les règles du jeu.
Avant d'aller plus loin, une précision qui me tient à cœur : je suis rédactrice indépendante, pas avocate ni consultante réglementée en immigration. Ce que je partage ici vient de mes recherches et de nombreux témoignages recueillis au fil des années. Pour votre situation précise, la référence reste Canada.ca, et au besoin un professionnel autorisé.
La toute première chose à faire, avant même de répondre à une offre alléchante, c'est donc de sortir votre permis de travail et de le relire calmement. Tout part de là. Si la mécanique générale des permis vous échappe encore, je vous conseille de commencer par mon guide complet sur le permis de travail au Canada, qui pose toutes les bases : nous allons ici entrer dans le détail du changement d'employeur.
Avec un permis ouvert : le changement est libre
Si vous détenez un permis de travail ouvert, par exemple un permis vacances-travail, un permis postdiplôme ou un permis de conjoint, changer d'employeur est votre droit le plus strict. Vous pouvez démissionner, signer ailleurs, cumuler deux emplois, passer d'une province à l'autre, sans prévenir Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) et sans déposer la moindre demande. C'est précisément la raison d'être de ce type de permis.
Attention tout de même à un réflexe que je recommande à tout le monde : relisez les conditions imprimées sur votre document avant de signer. Même un permis ouvert peut comporter des restrictions, par exemple l'interdiction de travailler dans certains secteurs en contact étroit avec le public si vous n'avez pas passé d'examen médical d'immigration, ou l'interdiction de travailler pour un employeur figurant sur la liste des employeurs non conformes. Si votre nouvel emploi respecte ces conditions, vous êtes libre. Le reste de cet article concerne surtout les détenteurs de permis fermés, mais les sections sur la résidence permanente et les employeurs abusifs vous seront utiles aussi.
Avec un permis fermé : l'employeur inscrit, et lui seul
Le permis fermé, officiellement appelé permis lié à un employeur donné, fonctionne à l'inverse. Votre autorisation de travail mentionne un employeur précis, souvent un poste et un lieu de travail. Elle ne vaut que pour cet employeur. Ce n'est pas un détail administratif : c'est la condition centrale de votre statut au Canada.
Concrètement, cela signifie que vous ne pouvez pas commencer à travailler pour une autre entreprise, même à temps partiel, même pour un contrat court, même si le nouvel employeur vous assure que « ça va s'arranger ». Travailler pour un employeur qui n'est pas celui inscrit sur votre permis, sans avoir obtenu une nouvelle autorisation, constitue une violation de vos conditions. Les conséquences peuvent être sérieuses : perte de statut, refus de demandes futures, voire mesure de renvoi dans les cas graves. Et ces conséquences peuvent aussi rejaillir sur un futur dossier de résidence permanente, car les agents examinent votre historique de conformité.
Je le dis sans vouloir vous faire peur, car il existe une voie légale, balisée et parfaitement praticable pour changer d'employeur avec un permis fermé. Elle demande simplement de la méthode et de la patience. C'est ce que nous allons voir maintenant.
Le réflexe de base : lire les conditions imprimées
Permis ouvert ou fermé, la règle d'or est la même : ce qui fait foi, ce sont les conditions imprimées noir sur blanc sur votre permis, et non ce que vous a dit un collègue, un recruteur ou un groupe Facebook. Vous y trouverez le nom de l'employeur le cas échéant, la date d'expiration, d'éventuelles restrictions de secteur ou de lieu, et la mention de votre droit d'étudier de façon accessoire. En cas de doute sur la portée d'une condition, la page officielle d'IRCC consacrée au changement d'emploi est votre meilleure alliée, et je vous en donne le lien en fin d'article.
Changer d'employeur avec un permis fermé : la marche à suivre
Voici le parcours type, celui que suivent chaque année des milliers de travailleurs étrangers qui changent d'entreprise en toute légalité. Je le découpe en quatre étapes, mais gardez en tête qu'elles s'enchaînent et se préparent en parallèle.
Étape 1 : décrocher une nouvelle offre d'emploi
Tout commence comme pour n'importe quel changement de poste : vous cherchez, vous postulez, vous passez des entrevues, vous négociez. La différence, c'est que vous devez être transparent avec le futur employeur sur votre situation. Il devra s'impliquer dans la démarche, et mieux vaut le savoir motivé dès le départ. Certains employeurs canadiens connaissent très bien le processus d'embauche de travailleurs étrangers, d'autres n'en ont jamais entendu parler. Dans le second cas, votre pédagogie fera la différence : expliquez calmement qu'il existe une procédure claire, que des dizaines de milliers d'entreprises la suivent, et que la page officielle de Canada.ca détaille chaque étape de son côté.
Un conseil de terrain : obtenez une offre écrite, détaillée, avec le titre du poste, les tâches, le salaire et les conditions. Ce document servira de socle à toute la suite, et sa qualité facilite chaque étape ultérieure.
Étape 2 : l'EIMT ou la dispense, côté nouvel employeur
C'est l'étape qui appartient au nouvel employeur, pas à vous. Pour embaucher un travailleur étranger sur un permis fermé, l'entreprise doit en général obtenir une étude d'impact sur le marché du travail, l'EIMT (LMIA en anglais), auprès d'Emploi et Développement social Canada. Elle y démontre qu'aucun Canadien ou résident permanent n'était disponible pour le poste. Cette démarche coûte 1 000 $ CA par poste, et c'est l'employeur qui paie : la réglementation lui interdit formellement de vous refacturer ces frais, directement ou indirectement, en vertu de l'article 209.4 du Règlement sur l'immigration et la protection des réfugiés. Si un employeur vous propose de « partager les frais d'EIMT », fuyez : c'est illégal et c'est un très mauvais signal sur la suite.
Dans certains cas, l'employeur peut être dispensé d'EIMT, notamment via le Programme de mobilité internationale : accords commerciaux, mutations intra-entreprise, situations où l'embauche présente des avantages importants pour le Canada. Le permis reste alors fermé, mais la démarche de l'employeur est différente (une offre d'emploi soumise via le portail des employeurs, avec des frais de conformité à sa charge). C'est au nouvel employeur de déterminer, avec la page officielle ou un conseiller, quelle voie s'applique à votre embauche. J'explique la différence entre ces deux mondes dans mon article sur le permis lié à un employeur donné.
Étape 3 : déposer votre nouvelle demande de permis de travail
Une fois l'EIMT favorable obtenue, ou l'offre dispensée d'EIMT soumise par l'employeur, la balle revient dans votre camp : vous déposez une nouvelle demande de permis de travail auprès d'IRCC, généralement en ligne depuis l'intérieur du Canada. Oui, une demande complète, même si vous détenez déjà un permis valide : changer d'employeur avec un permis fermé revient à demander un nouveau permis, avec les mêmes frais de traitement de 155 $ CA qu'une demande classique.
Vous joindrez typiquement votre offre d'emploi, le numéro de l'EIMT ou de l'offre dispensée, vos documents d'identité et les preuves de votre statut actuel. Soignez la cohérence de l'ensemble : le titre de poste et le salaire doivent correspondre entre l'offre, l'EIMT et votre formulaire. Les incohérences involontaires sont une source classique de retards et de demandes de précisions. Côté biométrie, si vous avez déjà donné vos empreintes et votre photo lors d'une demande récente, vous n'aurez probablement pas à recommencer : les données biométriques restent valides dix ans, et les frais de 85 $ CA ne se paient que lorsqu'une nouvelle collecte est nécessaire.
Étape 4 : attendre l'autorisation avant de commencer
C'est l'étape la plus frustrante et la plus importante. Tant que votre nouveau permis n'est pas approuvé, ou tant que vous n'avez pas reçu une autorisation explicite d'IRCC de commencer plus tôt (j'y viens juste après), vous ne pouvez pas travailler pour le nouvel employeur. Pas de « je commence doucement en attendant », pas de formation rémunérée anticipée, pas de petit contrat de transition. Votre permis actuel vous autorise à travailler pour votre employeur actuel, et c'est tout.
Les délais de traitement varient beaucoup selon la charge des bureaux et le type de demande, alors fiez-vous à l'outil officiel de délais d'IRCC plutôt qu'aux moyennes citées sur les forums. <!-- TODO vérifier sur canada.ca --> Pendant l'attente, vous pouvez continuer à travailler pour votre employeur actuel si votre permis est valide, et c'est très exactement ce que je vous recommande de faire.
Commencer plus tôt : le changement d'employeur en cours de traitement
Il existe une souplesse que beaucoup de travailleurs ignorent : des mesures facilitantes ont été mises en place ces dernières années pour permettre, sous conditions, de commencer à travailler pour le nouvel employeur avant la délivrance du nouveau permis, une fois la demande déposée et après avoir suivi une procédure spécifique de notification à IRCC. L'idée est d'éviter qu'un travailleur déjà au Canada, déjà autorisé à travailler, reste bloqué des mois entre deux employeurs pour de simples raisons administratives.
Je reste volontairement qualitative ici, car ces mesures ont un statut particulier : elles sont nées comme des politiques temporaires, elles ont évolué plusieurs fois et leurs conditions exactes (qui est admissible, comment notifier IRCC, sous quel délai la réponse arrive) peuvent changer. <!-- TODO vérifier sur canada.ca --> Avant de compter sur cette possibilité, vérifiez sur la page officielle du changement d'emploi d'IRCC si une procédure de ce type est en vigueur, ce qu'elle exige et ce qu'elle promet. Et surtout, n'anticipez jamais : attendez d'avoir reçu la confirmation prévue par la procédure avant votre premier jour chez le nouvel employeur. Un courriel d'IRCC qui vous autorise à commencer, ça se garde précieusement dans vos archives.
Ne démissionnez jamais avant d'avoir sécurisé la suite
Si vous ne retenez qu'une seule phrase de cet article, que ce soit celle-ci : on ne quitte pas son emploi avant d'avoir sécurisé l'étape suivante. Je comprends l'envie de claquer la porte quand un poste ne convient plus, mais votre situation n'est pas celle d'un salarié canadien. Votre droit de travailler, et une partie de votre stabilité au Canada, reposent sur votre permis, et le permis fermé repose sur un employeur.
Le scénario idéal ressemble à ceci : vous cherchez discrètement pendant que vous êtes en poste, vous obtenez l'offre, le nouvel employeur lance l'EIMT ou l'offre dispensée, vous déposez votre demande de permis, et vous ne remettez votre démission qu'une fois le nouveau permis approuvé (ou l'autorisation de commencer reçue, si une mesure facilitante s'applique). Vous enchaînez alors les deux emplois sans jour de flottement, sans interruption de salaire et sans zone grise de statut.
Le scénario inverse, celui que je vois trop souvent dans les témoignages, ressemble à ceci : démission sur un coup de tête, promesse verbale d'un nouvel employeur qui traîne ensuite à lancer l'EIMT, semaines qui passent sans revenu, panique, et parfois la tentation de travailler « au noir » en attendant, ce qui transforme un simple creux financier en vrai problème d'immigration. La patience de quelques semaines en poste vaut toujours mieux que des mois de régularisation.
Démission ou licenciement : ce qui arrive vraiment à votre permis
Une idée reçue circule beaucoup : « si je perds mon emploi, mon permis fermé est annulé immédiatement et je dois quitter le Canada ». C'est faux, et cette croyance pousse des gens à prendre de mauvaises décisions dans la précipitation.
Voici ce qui se passe réellement. Votre permis fermé reste un document valide jusqu'à sa date d'expiration, que vous ayez démissionné ou été licencié. Votre statut de résident temporaire au Canada demeure : vous avez le droit de rester au pays jusqu'à l'expiration du permis. En revanche, vous ne pouvez travailler pour personne d'autre tant que vous n'avez pas obtenu un nouveau permis (ou une autorisation dans le cadre d'une mesure facilitante). Vous vous retrouvez donc dans une situation légale mais inconfortable : présent au Canada en toute régularité, mais sans droit de travailler ailleurs que chez un employeur que vous avez quitté.
C'est une période à gérer avec méthode. Utilisez-la pour chercher activement, pour faire avancer le dossier avec un nouvel employeur, ou pour envisager d'autres options : une demande de permis de travail ouvert si vous appartenez à une catégorie admissible, un changement de statut vers les études, ou une demande de prolongation le moment venu. Si votre permis approche de l'expiration pendant cette période, lisez mon guide sur la prolongation du permis de travail : les règles de statut conservé et de rétablissement de statut y sont détaillées, et elles peuvent vous éviter de basculer dans l'irrégularité. <!-- TODO vérifier sur canada.ca -->
Un mot sur le licenciement : perdre son emploi ne vous fait commettre aucune faute d'immigration. Aucune. Ne laissez personne vous faire croire le contraire, et surtout pas un employeur qui utiliserait cette peur pour vous retenir. Vos droits en tant que salarié (préavis, indemnités selon la province, relevé d'emploi) s'appliquent comme pour n'importe quel travailleur au Canada.
Combien coûte un changement d'employeur, et combien de temps prévoir
Parlons argent, car c'est une question que tout le monde se pose et sur laquelle les chiffres fantaisistes abondent. De votre côté, le coût principal est celui de la nouvelle demande de permis de travail : 155 $ CA, soit les mêmes frais qu'une demande initiale. Si une nouvelle collecte biométrique est nécessaire, ajoutez 85 $ CA, mais rappelez-vous que vos données biométriques restent valides dix ans : beaucoup de travailleurs déjà au Canada n'ont rien à repayer de ce côté.
Du côté de l'employeur, l'EIMT coûte 1 000 $ CA par poste, et je le répète parce que c'est important : ces frais sont à la charge exclusive de l'employeur. L'article 209.4 du Règlement sur l'immigration et la protection des réfugiés lui interdit de récupérer ce montant auprès de vous, que ce soit par une retenue sur salaire, un « remboursement » à la signature ou tout autre montage. Un employeur qui tente de le faire s'expose à des sanctions et à une inscription sur la liste des employeurs non conformes.
Côté délais, je reste prudente à dessein : le traitement d'une EIMT dépend du volet et de la période, celui du permis de travail dépend du bureau et de la charge, et les deux fluctuent au fil de l'année. Comptez globalement en semaines, parfois en mois, et consultez l'outil officiel de délais de traitement d'IRCC pour des chiffres à jour au moment de votre démarche. La vraie leçon pratique est ailleurs : commencez tôt, avant que l'urgence ne s'installe, et gardez votre emploi actuel pendant tout le processus si c'est possible.
L'impact d'un changement d'employeur sur votre projet de résidence permanente
Beaucoup d'entre vous ne changent pas d'employeur pour le plaisir : le nouvel emploi s'inscrit dans un projet plus large, celui de la résidence permanente. Bonne nouvelle : un changement d'employeur bien mené ne pénalise pas ce projet, et il peut même le renforcer si le nouveau poste est mieux classé ou mieux payé. Mais il y a deux points de vigilance.
La continuité de l'expérience de travail
Les programmes d'immigration économique valorisent l'expérience de travail qualifiée, souvent comptée en mois et en heures. Une interruption entre deux emplois n'efface pas l'expérience déjà acquise, mais elle peut retarder le moment où vous atteignez les seuils requis, et une période travaillée sans autorisation valide ne compte tout simplement pas, quand elle ne plombe pas carrément le dossier. C'est une raison de plus de soigner la transition : en enchaînant les deux postes proprement, votre compteur d'expérience continue de tourner sans trou ni zone grise.
Réfléchissez aussi au niveau de qualification du nouveau poste. Si votre stratégie de résidence permanente repose sur une catégorie d'expérience précise, vérifiez que le nouvel emploi appartient à une catégorie professionnelle qui compte dans le programme visé. Un meilleur salaire dans un poste moins qualifié peut, paradoxalement, desservir un dossier d'immigration. Mon guide sur le permis de travail au Canada revient sur cette articulation entre permis, classification des professions et programmes d'immigration.
Les lettres d'emploi et les preuves à conserver
Avant de partir, récupérez auprès de votre employeur actuel une lettre d'emploi complète : dates de début et de fin, titre du poste, principales tâches, nombre d'heures par semaine, salaire. C'est infiniment plus facile à obtenir en partant en bons termes qu'en écrivant deux ans plus tard à une entreprise qui a changé de gestionnaire. Conservez aussi vos talons de paie, vos contrats, vos relevés fiscaux et vos avis de cotisation. Le jour où vous déposerez votre demande de résidence permanente, chaque emploi devra être documenté, et les dossiers qui échouent sur ce point échouent presque toujours faute de preuves, pas faute d'expérience.
Je conseille de tenir un dossier numérique par employeur, alimenté au fil de l'eau. Dix minutes par mois, et le futur vous remerciera le présent.
Si vous fuyez un employeur abusif
Je veux terminer la partie pratique par la situation la plus délicate : celle où le changement d'employeur n'est pas un choix de carrière mais une nécessité, parce que votre employeur actuel abuse de sa position. Salaire impayé, heures imposées bien au-delà du contrat, menaces liées à votre statut d'immigration, confiscation de documents, violence verbale ou physique : tout cela existe, et le permis fermé peut donner à certains employeurs un sentiment de toute-puissance.
Première chose à savoir : vous n'êtes pas piégé. Il existe un permis de travail ouvert pour travailleurs vulnérables, conçu précisément pour permettre de quitter rapidement un employeur abusif sans perdre le droit de travailler au Canada. La demande est traitée en priorité et n'exige pas les frais habituels. Vous n'avez pas besoin de prouver l'abus au sens judiciaire : il s'agit de présenter des éléments raisonnables (messages, horaires, témoignages, talons de paie) qui rendent votre récit crédible.
Deuxième chose : vos droits de salarié s'appliquent indépendamment de votre statut d'immigration. Normes du travail provinciales, santé et sécurité, recours en cas de salaire impayé : tout cela vous protège aussi. J'ai consacré un article entier aux droits des travailleurs étrangers au Canada, avec les recours concrets, les organismes à contacter et la marche à suivre selon les situations. Si vous vous reconnaissez dans cette section, lisez-le, et surtout parlez-en : à un organisme d'aide aux nouveaux arrivants, à une clinique juridique, à quelqu'un de confiance. Demander de l'aide ne compromet jamais votre avenir au Canada. Le silence, parfois, oui.
Les erreurs fréquentes que je vois trop souvent
Après des années à écrire sur l'immigration canadienne, certaines erreurs reviennent sans cesse dans les témoignages de changement d'employeur. Les voici, pour que vous ne les commettiez pas.
La première : commencer à travailler pour le nouvel employeur avant l'autorisation, « juste pour dépanner ». C'est l'erreur la plus grave et la plus banale à la fois. Quelques jours de travail non autorisé peuvent compliquer des années de démarches, alors que quelques semaines de patience ne coûtent rien d'irréversible.
La deuxième : démissionner sur une promesse verbale. Tant que l'EIMT n'est pas lancée et la demande de permis déposée, rien n'existe juridiquement. Un employeur sérieux comprend que vous restiez en poste pendant le processus ; un employeur qui vous presse de démissionner tout de suite devrait éveiller votre méfiance.
La troisième : accepter de payer, en tout ou en partie, les frais d'EIMT ou de recrutement. C'est illégal côté employeur, et c'est presque toujours le signe d'autres pratiques douteuses à venir. La quatrième : oublier que le permis reste attaché à l'ancien employeur après une démission, et croire qu'un permis « encore valide » autorise à travailler n'importe où. La validité du document et l'étendue de l'autorisation sont deux choses différentes.
La cinquième : négliger les préavis et les conditions de son contrat de travail actuel. Changer d'employeur en règle avec l'immigration mais en faute avec son contrat peut coûter une mauvaise référence, voire des ennuis juridiques selon la province. Et la sixième : partir sans lettre d'emploi ni preuves, puis courir après des documents des années plus tard pour un dossier de résidence permanente. Prenez une heure avant de partir, vous économiserez des mois.
Foire aux questions
Puis-je changer d'employeur avec un permis de travail fermé ?
Oui, mais pas librement. Votre permis fermé n'autorise que le travail pour l'employeur qui y est inscrit. Pour changer, il faut qu'un nouvel employeur obtienne une EIMT ou soumette une offre dispensée d'EIMT, puis que vous déposiez une nouvelle demande de permis de travail et que vous attendiez l'autorisation avant de commencer le nouvel emploi. La démarche est balisée et des milliers de travailleurs la réussissent chaque année : le seul vrai piège est de griller les étapes en travaillant avant d'y être autorisé.
Que se passe-t-il si je travaille pour un autre employeur sans autorisation ?
Vous violez les conditions de votre permis, et cela peut entraîner la perte de votre statut, le refus de vos demandes futures, et dans les cas sérieux une mesure de renvoi. Même quelques jours de travail non autorisé laissent une trace : les demandes d'immigration comportent des questions sur le respect de vos conditions, et une fausse déclaration aggrave considérablement les choses. Si vous avez déjà commis ce faux pas, ne paniquez pas, mais ne l'enterrez pas non plus : renseignez-vous sur le rétablissement de statut et envisagez l'avis d'un professionnel autorisé.
Mon permis fermé est-il annulé si je démissionne ou si je suis licencié ?
Non, pas immédiatement. Le permis reste valide jusqu'à sa date d'expiration et vous conservez votre statut de résident temporaire : vous pouvez rester au Canada légalement. En revanche, vous ne pouvez pas travailler pour un autre employeur tant que vous n'avez pas obtenu un nouveau permis ou une autorisation applicable. Utilisez cette période pour sécuriser la suite : nouvelle offre, démarches du nouvel employeur, nouvelle demande, ou bascule vers une autre option comme un permis ouvert si vous y êtes admissible.
Qui paie l'EIMT quand je change d'employeur ?
Le nouvel employeur, sans exception. L'EIMT coûte 1 000 $ CA par poste et la réglementation (article 209.4 du Règlement sur l'immigration et la protection des réfugiés) interdit à l'employeur de récupérer ce montant auprès du travailleur, directement ou indirectement. Vous ne payez de votre côté que les frais de votre demande de permis de travail, soit 155 $ CA, et éventuellement 85 $ CA de biométrie si vos données ne sont plus valides. Toute proposition de « partage des frais d'EIMT » est illégale et doit vous alerter.
Puis-je commencer mon nouvel emploi pendant le traitement de ma demande ?
Pas par défaut. La règle de base est d'attendre l'approbation du nouveau permis. Des mesures facilitantes ont toutefois existé pour permettre, sous conditions et après une notification à IRCC, de commencer plus tôt chez le nouvel employeur une fois la demande déposée. Ces mesures évoluent, donc vérifiez sur la page officielle du changement d'emploi de Canada.ca si une procédure est en vigueur au moment de votre démarche, suivez-la à la lettre et attendez la confirmation prévue avant votre premier jour.
Un changement d'employeur nuit-il à ma demande de résidence permanente ?
Non, s'il est fait dans les règles. L'expérience acquise chez plusieurs employeurs se cumule dans la plupart des programmes, et un poste mieux qualifié ou mieux rémunéré peut même renforcer votre profil. Les vrais risques sont ailleurs : une période de travail non autorisé, qui ne compte pas et peut compromettre le dossier, et des preuves d'emploi manquantes. Récupérez une lettre d'emploi détaillée avant chaque départ, conservez contrats et talons de paie, et vérifiez que le nouveau poste correspond aux catégories valorisées par le programme d'immigration que vous visez.
Sources officielles
La page de référence est celle d'IRCC consacrée au changement d'emploi ou d'employeur pour les titulaires de permis de travail : https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship/services/work-canada/permit/temporary/after-apply-next-steps/change-jobs.html. Pour la vue d'ensemble des permis de travail, consultez https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship/services/work-canada/permit.html. Les règles, frais et procédures évoluent régulièrement : avant toute décision, vérifiez les informations à jour sur Canada.ca, qui seul fait foi.
