Réponse directe

Le permis de travail lié à un employeur, souvent appelé permis fermé, vous autorise à travailler au Canada uniquement pour l'employeur, le poste et le lieu de travail inscrits sur le document. Il repose sur un processus en deux temps : votre employeur agit d'abord, soit en obtenant une étude d'impact sur le marché du travail (EIMT), soit en soumettant une offre d'emploi dispensée d'EIMT via le Programme de mobilité internationale, puis vous déposez votre propre demande auprès d'IRCC, avec des frais de traitement de 155 $ CA non remboursables. Changer d'employeur exige une nouvelle demande. Vos droits de travailleur restent entiers malgré le lien avec un seul employeur, et ce permis peut devenir un tremplin vers la résidence permanente. Vérifiez toujours les règles à jour sur Canada.ca.

Ce qu'est un permis de travail lié à un employeur, concrètement

Si vous avez déjà exploré mon guide sur le permis de travail au Canada, vous savez que le système canadien distingue deux grandes familles d'autorisations de travail : les permis ouverts et les permis liés à un employeur. Cet article est entièrement consacré à la seconde famille, celle qu'on appelle couramment le permis fermé, ou permis d'employeur spécifique dans le vocabulaire officiel.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, une précision que je fais dans chacun de mes articles parce qu'elle compte : je suis rédactrice indépendante, pas avocate ni consultante réglementée en immigration. Ce que je vous propose ici, c'est une carte pour vous repérer, construite à partir de mes recherches et de témoignages recueillis au fil des années. Pour votre situation précise, la référence reste Canada.ca, et au besoin un professionnel autorisé.

Employeur, poste et lieu de travail inscrits noir sur blanc

La caractéristique qui définit ce permis, c'est son degré de précision. Sur le document que vous recevrez figurent le nom de votre employeur, généralement votre poste ou votre catégorie d'emploi, et souvent votre lieu de travail. Ces mentions ne sont pas décoratives : elles constituent les conditions légales de votre autorisation de travail. Travailler pour une autre entreprise, occuper un poste substantiellement différent ou déménager vos fonctions dans une autre ville sans autorisation revient à travailler sans permis valide.

C'est une logique très différente de celle du permis de travail ouvert, qui vous laisse libre de choisir votre employeur. Avec un permis fermé, votre droit de travailler au Canada et votre relation avec un employeur précis sont indissociables. Cette réalité a des conséquences sur votre quotidien, sur votre pouvoir de négociation et sur vos démarches futures, et c'est exactement ce que nous allons décortiquer ensemble.

Pourquoi ce permis existe

On peut trouver ce système rigide, et il l'est par certains aspects. Mais il répond à une logique que le gouvernement assume : s'assurer que l'embauche d'un travailleur étranger répond à un besoin réel du marché du travail canadien, et que cette embauche ne se fait ni au détriment des travailleurs locaux ni au détriment du travailleur étranger lui-même. Chaque permis fermé est adossé à une offre d'emploi vérifiée, par un mécanisme ou un autre.

C'est aussi, honnêtement, la voie d'entrée la plus répandue pour les personnes qui n'appartiennent à aucune catégorie de permis ouvert. Si vous n'êtes ni conjoint admissible, ni jeune diplômé d'un établissement canadien, ni participant à Expérience internationale Canada, le permis lié à un employeur est très probablement votre porte d'accès au marché du travail canadien. Autant bien la comprendre.

Permis fermé ou permis ouvert : bien choisir sa lecture

Je vous invite à garder en tête cette distinction pendant toute votre lecture. Le permis ouvert offre la liberté mais reste réservé à des catégories précises de personnes. Le permis fermé est accessible à un éventail beaucoup plus large de profils, à condition d'avoir convaincu un employeur, mais il vous attache à lui. Aucun des deux n'est meilleur dans l'absolu : tout dépend de votre situation. Pour un panorama complet des options, mon article sur les types de permis de travail au Canada compare les deux familles en détail.

Le processus en deux temps : l'employeur d'abord, vous ensuite

C'est le point que je veux graver dans votre esprit, parce qu'il conditionne toute la suite : vous ne pouvez pas demander un permis de travail lié à un employeur tout seul dans votre coin. Le processus commence toujours chez l'employeur. Tant qu'il n'a pas accompli sa part, votre demande à vous ne peut tout simplement pas aboutir.

Étape 1 : votre employeur obtient une EIMT ou soumet une offre dispensée

Deux chemins s'offrent à l'employeur canadien qui veut vous embaucher. Le premier, le plus connu, passe par l'étude d'impact sur le marché du travail, l'EIMT, délivrée par Emploi et Développement social Canada (EDSC). L'employeur doit démontrer qu'il a cherché à recruter localement et qu'aucun Canadien ou résident permanent qualifié n'était disponible pour le poste. Nous y reviendrons longuement, car cette étape vous concerne plus que vous ne le pensez.

Le second chemin passe par le Programme de mobilité internationale : certaines situations dispensent l'employeur de l'EIMT, parce que l'embauche est présumée bénéfique pour le Canada ou couverte par un accord international. Dans ce cas, l'employeur soumet une offre d'emploi officielle via un portail gouvernemental dédié et paie des frais de conformité. Là encore, patience, j'y consacre une section entière plus bas.

Étape 2 : vous déposez votre demande de permis

Une fois que l'employeur détient une EIMT favorable ou a soumis son offre dispensée, la balle passe dans votre camp. Vous déposez votre demande de permis de travail auprès d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, généralement en ligne, en joignant les documents qui prouvent votre identité, vos qualifications pour le poste et le fondement de la demande : numéro d'EIMT et contrat, ou numéro d'offre d'emploi pour une dispense.

Les frais de traitement s'élèvent à 155 $ CA par personne, et ils ne sont pas remboursables, même en cas de refus. Ce montant s'applique aussi lorsque vous prolongez votre permis ou que vous en demandez un nouveau pour changer d'employeur. Selon votre pays de citoyenneté et votre historique, vous devrez probablement fournir vos données biométriques : comptez 85 $ CA pour les empreintes digitales et la photo. Bonne nouvelle, la biométrie reste valide 10 ans, donc si vous l'avez déjà donnée récemment pour une autre demande, vous n'aurez sans doute pas à recommencer.

Biométrie, examen et décision

Si la biométrie est requise, vous recevrez une lettre d'instructions après la soumission de votre demande, et vous disposerez de 30 jours pour vous présenter dans un centre de collecte désigné. Ne traînez pas : tant que vos données ne sont pas collectées, votre dossier reste en suspens. Selon votre profil, un examen médical ou un certificat de police peuvent aussi être exigés.

Vient ensuite l'attente. Les délais de traitement varient beaucoup selon le pays d'où vous déposez la demande, le volume de dossiers et le programme concerné, alors méfiez-vous des moyennes citées dans les forums. L'outil officiel de délais de traitement d'IRCC est la seule source fiable. <!-- TODO vérifier sur canada.ca --> Si la décision est favorable, vous recevez soit le permis lui-même (si vous êtes déjà au Canada), soit une lettre d'introduction à présenter au point d'entrée, où le permis sera imprimé.

L'EIMT vue du côté du travailleur

L'EIMT est une démarche de l'employeur, c'est vrai. Mais je constate que les travailleurs qui la comprennent négocient mieux, détectent plus vite les arnaques et montent des dossiers plus solides. Alors prenons le temps de la regarder de votre point de vue.

Ce que l'EIMT prouve, et ce qu'elle ne prouve pas

Une EIMT favorable est un document par lequel EDSC confirme que l'embauche d'un travailleur étranger pour ce poste précis aura un effet neutre ou positif sur le marché du travail canadien. Pour l'obtenir, l'employeur a dû, dans la plupart des cas, publier des offres d'emploi, examiner les candidatures locales, justifier ses refus et démontrer qu'il offre un salaire conforme aux taux en vigueur pour la profession dans la région. <!-- TODO vérifier sur canada.ca -->

Retenez bien ce que l'EIMT n'est pas : ce n'est ni un permis de travail, ni une promesse de permis. C'est une pièce du dossier, indispensable dans son volet, mais votre demande individuelle sera ensuite évaluée sur ses propres mérites : authenticité de l'offre, capacité à exercer l'emploi, respect des conditions d'admissibilité au Canada, intention de respecter les termes de votre séjour.

Qui paie l'EIMT : l'employeur, toujours

Voici le point le plus important de tout cet article, et je pèse mes mots. Les frais de traitement de l'EIMT s'élèvent à 1 000 $ CA par poste demandé, et ils sont à la charge exclusive de l'employeur. La réglementation canadienne, précisément l'article 209.4 du Règlement sur l'immigration et la protection des réfugiés, interdit à l'employeur de récupérer ces frais auprès de vous, directement ou indirectement.

Concrètement, un employeur qui vous demande de payer l'EIMT, qui la déduit de votre salaire, qui vous la fait rembourser en liquide ou qui la déguise en frais de recrutement commet une infraction. Ce n'est pas une zone grise, c'est illégal. Si cela vous arrive, ou vous est arrivé, vous pouvez le signaler à EDSC, y compris de façon confidentielle. Un signalement ne compromet pas votre statut : le système de conformité vise l'employeur fautif, pas le travailleur qui dénonce.

J'insiste parce que cette pratique existe, en particulier dans certaines filières de recrutement à l'étranger où des intermédiaires facturent aux candidats des sommes considérables en prétendant couvrir les frais gouvernementaux. Connaître la règle, c'est déjà s'en protéger. Et si un recruteur vous réclame de l'argent pour une EIMT, fuyez : c'est le signal d'alarme le plus fiable qui soit.

Les documents que l'EIMT vous apporte

Une fois l'EIMT favorable délivrée, votre employeur doit vous transmettre les éléments dont vous aurez besoin pour votre demande de permis : le numéro de l'EIMT, une copie de la lettre de décision dans la plupart des cas, ainsi que votre contrat ou offre d'emploi détaillant le poste, le salaire et les conditions. Vérifiez que ce que dit le contrat correspond à ce qu'on vous a promis oralement. Le salaire et les fonctions inscrits dans le dossier EIMT engagent l'employeur : c'est sur cette base que sa conformité pourra être contrôlée plus tard.

Les permis fermés sans EIMT : le Programme de mobilité internationale

Tous les permis liés à un employeur ne passent pas par une EIMT, loin de là. Le Programme de mobilité internationale, ou PMI, regroupe les situations où le Canada estime que l'embauche d'un travailleur étranger sert ses intérêts sans qu'il soit nécessaire de tester le marché du travail. Le permis délivré reste un permis fermé, rattaché à l'employeur qui a soumis l'offre, mais l'étape EIMT disparaît. Voici les grandes familles de dispenses, présentées à grands traits.

Les accords internationaux

Le Canada a signé des accords commerciaux et de mobilité avec de nombreux pays et régions, et plusieurs de ces accords prévoient des catégories de travailleurs qui peuvent obtenir un permis sans EIMT : professionnels de certaines listes de métiers, négociants, investisseurs, personnes mutées entre filiales. Si vous êtes citoyen d'un pays lié au Canada par un accord de ce type et que votre profession figure dans les catégories couvertes, cette voie peut considérablement simplifier votre embauche. Les conditions exactes dépendent de chaque accord, et je vous renvoie à la page officielle pour vérifier ce qui s'applique à votre nationalité et à votre métier.

Les transferts intra-entreprise

Deuxième grande famille : les personnes mutées à l'intérieur d'un même groupe d'entreprises. Si vous travaillez pour une société qui possède une filiale, une succursale ou une société mère au Canada, et que vous y êtes transféré dans un poste de direction, de gestion ou mobilisant des connaissances spécialisées, un permis fermé peut vous être délivré sans EIMT. C'est une voie très utilisée par les multinationales. Elle suppose en général une ancienneté minimale dans le groupe et un poste d'un niveau suffisant, avec des critères qui se sont resserrés ces dernières années : votre service des ressources humaines et la page officielle vous donneront l'état exact des exigences.

Les intérêts canadiens et la Mobilité francophone

Troisième famille, plus hétéroclite : les dispenses fondées sur l'intérêt du Canada. On y trouve des situations aussi variées que les avantages importants pour le pays, certains échanges réciproques d'emploi, des chercheurs et universitaires, ou des participants à des programmes particuliers. La dispense que je veux mettre en lumière ici, parce qu'elle concerne beaucoup de mes lecteurs, c'est la Mobilité francophone : elle permet à des travailleurs francophones qualifiés destinés à un emploi à l'extérieur du Québec d'obtenir un permis fermé sans EIMT, sur la base d'une offre d'emploi et d'une compétence démontrée en français.

Si vous parlez français et visez l'Ontario, le Manitoba ou le Nouveau-Brunswick par exemple, cette dispense mérite toute votre attention : elle épargne à votre futur employeur le coût et l'incertitude de l'EIMT, ce qui rend votre candidature nettement plus attrayante. Les critères précis (niveau de langue, type de poste admissible) évoluent, alors vérifiez la page officielle avant d'en faire un argument d'embauche. <!-- TODO vérifier sur canada.ca -->

Le portail des employeurs : offre d'emploi et frais de conformité

Dispense d'EIMT ne veut pas dire absence de formalités pour l'employeur. Dans le cadre du PMI, votre futur employeur doit soumettre votre offre d'emploi via le portail des employeurs d'IRCC avant que vous ne déposiez votre demande de permis, et payer des frais de conformité de l'employeur. <!-- TODO vérifier sur canada.ca --> Cette soumission génère un numéro d'offre d'emploi que vous devrez inscrire dans votre propre demande.

Le principe est le même que pour l'EIMT : ces frais et ces démarches incombent à l'employeur, pas à vous. L'offre soumise engage l'entreprise sur le salaire, les fonctions et les conditions de travail, et le gouvernement peut mener des inspections pour vérifier que la réalité correspond à ce qui a été déclaré. Un employeur qui rechigne à passer par le portail ou qui vous demande d'avancer ses frais devrait immédiatement éveiller votre méfiance.

Les conditions inscrites sur votre permis, et ce qu'elles interdisent

Le jour où votre permis vous est remis, lisez-le ligne par ligne. Sur un permis lié à un employeur, les conditions imprimées sont votre cadre légal quotidien, et les ignorer peut coûter très cher.

Ce que disent les mentions du permis

Vous y trouverez le nom de votre employeur : vous ne pouvez travailler que pour lui. Votre poste ou catégorie professionnelle : vous ne pouvez pas être discrètement réaffecté à un emploi fondamentalement différent, même chez le même employeur, sans que le permis soit modifié. Souvent, le lieu de travail : une mutation dans une autre province peut nécessiter une mise à jour. Et bien sûr la date d'expiration, qui borne votre droit de travailler, ainsi que d'éventuelles mentions sur les études accessoires ou des restrictions médicales.

Ce que cela interdit en pratique

Concrètement, un permis fermé vous interdit de cumuler un deuxième emploi chez un autre employeur, même à temps très partiel, même ponctuellement, sauf à obtenir un permis supplémentaire. Il vous interdit de rester travailler pour la même entreprise si elle change d'entité juridique de façon substantielle sans mise à jour du dossier, un cas plus fréquent qu'on ne le croit lors de fusions ou de rachats. Il vous interdit évidemment de continuer à travailler après l'expiration du permis, même si votre employeur vous y encourage en promettant que « les papiers suivront ».

Je le dis sans détour : c'est toujours le travailleur qui paie le prix fort d'une infraction aux conditions, par une perte de statut, un refus futur ou une interdiction de territoire. En cas de doute sur ce que votre permis autorise, posez la question avant d'agir, pas après. Les règles générales applicables à tous les permis, comme l'interdiction de travailler pour un employeur figurant sur la liste des non-conformes, s'ajoutent aux conditions propres à votre document.

Changer d'employeur avec un permis fermé : une nouvelle demande, pas une formalité

C'est la question qui m'est le plus souvent posée sur ce sujet, et la réponse tient en une phrase : avec un permis lié à un employeur, changer d'employeur exige une nouvelle demande de permis de travail, fondée sur une nouvelle EIMT ou une nouvelle offre dispensée soumise par le futur employeur. Votre permis actuel ne se « transfère » pas, il ne se modifie pas d'un simple courriel : il faut refaire le circuit, avec de nouveaux frais de traitement de 155 $ CA.

Cela ne veut pas dire que vous êtes prisonnier. Vous avez le droit de démissionner, le droit de chercher un autre emploi, le droit d'accepter une offre ailleurs. Simplement, vous ne pouvez pas commencer à travailler pour le nouvel employeur tant que la nouvelle autorisation n'est pas en place, sous réserve de certaines mesures qui permettent, dans des conditions précises, de commencer plus tôt une fois la nouvelle demande soumise. La chronologie des démarches devient alors stratégique : qui fait quoi, dans quel ordre, et comment éviter un trou dans votre droit de travailler.

J'ai consacré un article entier à cette manœuvre délicate, avec les étapes dans l'ordre et les pièges à éviter : changer d'employeur au Canada. Si un changement se profile dans votre vie, lisez-le avant de donner votre démission, pas après.

Vos droits restent entiers, même avec un permis fermé

Je tiens à cette section comme à la prunelle de mes yeux, parce qu'une confusion tragique circule : non, un permis fermé ne donne pas à votre employeur des droits sur vous. Il lie votre autorisation de travail à son entreprise, mais il ne suspend aucune des protections que la loi canadienne accorde à toute personne qui travaille sur son territoire.

Vous avez droit au salaire convenu, payé intégralement et à temps. Vous avez droit aux normes du travail de votre province : heures supplémentaires, jours de repos, congés, conditions de santé et de sécurité. Votre employeur ne peut pas confisquer votre passeport ou vos documents, ne peut pas vous menacer d'expulsion pour vous faire accepter des conditions dégradées, ne peut pas vous facturer les frais qu'il a l'obligation légale d'assumer, l'EIMT en tête comme on l'a vu. Il ne peut pas non plus exercer de représailles parce que vous avez posé des questions ou déposé une plainte.

Et si la situation devient abusive, le système prévoit une porte de sortie : le permis de travail ouvert pour travailleurs vulnérables, qui permet de quitter un employeur abusif sans perdre le droit de travailler au Canada. Retenez ceci : demander de l'aide ne détruit pas votre projet d'immigration. J'ai détaillé toutes ces protections, les recours concrets et les organismes vers qui se tourner dans mon article sur les droits des travailleurs étrangers, que je vous invite vraiment à lire si vous travaillez ou allez travailler avec un permis fermé.

Du permis fermé à la résidence permanente

Beaucoup de gens voient le permis lié à un employeur comme une fin en soi. C'est en réalité, très souvent, le premier chapitre d'un parcours vers la résidence permanente, et un chapitre précieux.

L'expérience canadienne, votre meilleur atout

L'expérience de travail qualifiée acquise au Canada compte parmi les éléments les plus valorisés des programmes d'immigration économique, à commencer par Entrée express et sa catégorie de l'expérience canadienne. Chaque mois travaillé légalement avec votre permis fermé construit votre dossier. D'où l'importance de conserver méthodiquement vos preuves : contrats, talons de paie, lettres d'employeur décrivant vos fonctions. Le jour où vous déposerez un profil, ces documents vaudront de l'or.

La voie provinciale et ses 600 points

Les programmes des candidats des provinces adorent les personnes qui travaillent déjà sur leur territoire pour un employeur local : vous avez prouvé votre intégration au marché du travail, votre employeur peut appuyer votre candidature, et votre profession répond souvent à un besoin régional identifié. Or l'enjeu est énorme : une nomination provinciale alignée sur Entrée express ajoute 600 points à votre score du Système de classement global, ce qui garantit pratiquement une invitation à présenter une demande de résidence permanente lors d'un tirage suivant.

Autrement dit, votre permis fermé, avec ses contraintes, peut être la rampe de lancement la plus directe vers le statut permanent. Si c'est votre objectif, pensez-y dès l'embauche : privilégiez un poste dont le niveau de qualification compte dans les programmes d'immigration, entretenez vos compétences linguistiques, et renseignez-vous tôt sur les volets provinciaux ouverts dans votre province de travail. Le paysage complet des options est décrit dans mon guide sur le permis de travail au Canada et dans mes articles provinciaux.

Les erreurs fréquentes que je vois trop souvent

Certaines erreurs reviennent avec une constance décourageante dans les témoignages que je reçois. Les voici, pour que vous les évitiez.

La première : payer pour une EIMT ou pour une « offre d'emploi garantie ». Nous l'avons vu, l'EIMT coûte 1 000 $ à l'employeur et il lui est interdit de vous refacturer ce montant. Tout intermédiaire qui vous vend une offre d'emploi canadienne contre plusieurs milliers de dollars vous vend, au mieux, une infraction, au pire, du vent. Personne ne peut garantir une décision d'IRCC ou d'EDSC.

La deuxième : commencer à travailler avant d'avoir le permis en main, ou pour un employeur différent de celui inscrit. La pression vient parfois de l'employeur lui-même, pressé de vous voir commencer. Résistez : c'est votre statut qui est en jeu, pas le sien.

La troisième : laisser expirer son permis sans avoir déposé de demande de prolongation. Déposée à temps, une demande vous permet en général de continuer à travailler aux mêmes conditions pendant le traitement. Déposée en retard, elle vous plonge dans une procédure de rétablissement plus coûteuse et plus incertaine, pendant laquelle vous ne pouvez pas travailler.

La quatrième : signer un contrat sans le comparer à l'offre soumise au gouvernement. Salaire inférieur, fonctions différentes, heures gonflées : ces écarts sont des signaux de non-conformité, et vous êtes en droit d'exiger le respect des conditions déclarées. La cinquième : rester dans une situation abusive par peur de perdre son statut, alors que des protections et un permis pour travailleurs vulnérables existent précisément pour cela. Et la sixième : croire qu'un changement d'employeur est une simple formalité administrative, alors qu'il faut refaire une demande complète, comme expliqué dans mon article sur le changement d'employeur.

Foire aux questions

Puis-je travailler pour un deuxième employeur avec un permis lié à un employeur ?

Non, pas avec ce seul permis. Votre autorisation de travail est limitée à l'employeur inscrit sur le document, et un deuxième emploi, même à quelques heures par semaine, exigerait une autorisation supplémentaire fondée sur sa propre EIMT ou sa propre offre dispensée. Travailler ailleurs sans cette autorisation constitue une violation de vos conditions, avec des conséquences possibles sur votre statut actuel et sur toutes vos demandes futures. Si votre projet suppose plusieurs employeurs, parlez-en en amont et explorez les options décrites sur Canada.ca.

Non, c'est illégal. Les frais d'EIMT, soit 1 000 $ CA par poste, sont à la charge exclusive de l'employeur, et l'article 209.4 du Règlement sur l'immigration et la protection des réfugiés lui interdit de les récupérer auprès de vous, directement ou par des déductions déguisées. Si cela vous arrive, conservez les preuves (messages, relevés de paie, reçus) et signalez la situation à Emploi et Développement social Canada, ce qui peut se faire de façon confidentielle. Le signalement vise l'employeur, pas vous, et ne compromet pas votre dossier d'immigration.

Que se passe-t-il si je perds mon emploi avec un permis fermé ?

Perdre son emploi ne vous rend pas immédiatement illégal : votre statut de résident temporaire reste valide jusqu'à la date inscrite sur votre permis. En revanche, vous ne pouvez pas travailler pour un autre employeur tant qu'un nouveau permis fondé sur une nouvelle offre n'a pas été obtenu. Le bon réflexe est d'agir vite : chercher un nouvel employeur prêt à entamer les démarches, envisager une demande de prolongation ou de changement de statut avant l'expiration, et vérifier sur Canada.ca les options applicables à votre situation. Mon article sur le changement d'employeur détaille la marche à suivre.

L'EIMT est-elle toujours obligatoire pour un permis fermé ?

Non. L'EIMT est la voie par défaut du Programme des travailleurs étrangers temporaires, mais le Programme de mobilité internationale regroupe de nombreuses dispenses : accords internationaux couvrant certaines professions, transferts entre entités d'un même groupe d'entreprises, situations relevant des intérêts canadiens, ou encore Mobilité francophone pour les travailleurs francophones qualifiés hors Québec. Dans tous ces cas, l'employeur soumet l'offre d'emploi via le portail des employeurs et paie des frais de conformité, et le permis délivré reste lié à cet employeur. La liste des dispenses et leurs critères figurent sur Canada.ca.

Un permis fermé peut-il mener à la résidence permanente ?

Oui, et c'est même un scénario très courant. L'expérience de travail qualifiée acquise au Canada renforce considérablement un profil Entrée express, notamment via la catégorie de l'expérience canadienne, et ouvre l'accès à de nombreux volets des programmes des candidats des provinces. Une nomination provinciale alignée sur Entrée express ajoute 600 points à votre score, ce qui rend l'invitation quasi certaine. Le permis fermé n'est donc pas un cul-de-sac : bien utilisé, c'est un tremplin. Choisissez si possible un emploi qualifié et conservez toutes vos preuves de travail dès le premier jour.

Mes droits sont-ils réduits parce que mon permis est lié à un employeur ?

Non. Le lien avec un employeur limite pour qui vous pouvez travailler, mais il ne réduit en rien vos droits en tant que travailleur : normes du travail provinciales, salaire convenu, santé et sécurité, protection contre les représailles, interdiction pour l'employeur de confisquer vos documents ou de vous facturer ses frais de recrutement et d'EIMT. En cas d'abus, un permis ouvert pour travailleurs vulnérables peut vous permettre de quitter l'employeur sans perdre le droit de travailler. J'explique tous les recours dans mon article dédié aux droits des travailleurs étrangers.

Sources officielles

La page de référence du gouvernement du Canada sur les permis de travail, qui présente les deux volets (permis ouvert et permis lié à un employeur) et renvoie vers l'EIMT et le Programme de mobilité internationale, est ici : https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship/services/work-canada/work-permit.html. Les règles, frais et catégories de dispense évoluent régulièrement, parfois plusieurs fois par année : avant toute décision ou dépôt de dossier, vérifiez l'information à jour sur Canada.ca, qui seule fait foi.

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